L’imam Miyāra al-Fāsī
Commentateur du poème didactique (matn) d’Ibn ʿĀshir en fiqh mālikite
(999 H / 1590 apr. J.-C. – 1072 H / 1662 apr. J.-C.)
Miyara al-Fasi, de son nom complet Muḥammad ibn Aḥmad ibn Muḥammad, Abū ʿAbd Allāh, est une figure incontournable du savoir au Maroc. Connu sous le nom de « Miyāra al-Akbar » (Miyāra le Grand), il est natif de Fès, ville où il vécut et mourut. Le terme « Miyāra » se prononce avec un mīm ouvert et un yāʾ doublé, comme l’attestent les recueils biographiques marocains tels que al-Fikr al-Sāmī et Salwat al-Anfās. Il est fréquemment désigné par le titre de « Miyāra al-Kabīr » (Miyāra le Grand) afin de le distinguer de son fils, Muḥammad, dit « Miyāra al-Ṣaghīr » (Miyāra le Petit), auteur d’un abrégé du célèbre commentaire de son père sur le poème d’Ibn ʿĀshir.
Sa naissance et sa jeunesse
L’imam Miyāra naquit à Fès en 999 H, correspondant à l’année 1590 apr. J.-C. (certains biographes situent précisément sa naissance un samedi 15 ramaḍān de cette même année). Il était juriste (faqīh) mālikite, originaire de Fès. Il grandit dans cette ville, alors centre du savoir du Maroc extrême-occidental (al-Maghrib al-Aqṣā), et connut dans sa jeunesse les derniers grands savants qui fréquentaient le cercle du sultan saʿdien Aḥmad al-Manṣūr al-Dhahabī, ce qui signifie qu’il fut contemporain de la fin de l’âge d’or du mouvement scientifique à Fès sous l’époque saʿdienne.
Ses maîtres
Il reçut l’enseignement d’une pléiade de grands savants de son époque, dont voici les plus notables, chacun présenté en quelques lignes :
L’imam ʿAbd al-Wāḥid ibn ʿĀshir al-Anṣārī (m. 1040 H) : Son maître le plus éminent, auteur du poème al-Murshid al-Muʿīn ʿalā al-Ḍarūrī min ʿUlūm al-Dīn, sur lequel Miyāra bâtit sa renommée scientifique. Né à Fès en 990 H, il se rendit en pèlerinage au Ḥijāz, où il composa une partie de son célèbre poème.
ʿAbd al-Raḥmān al-ʿĀrif al-Fāsī, Abū Zayd (m. 1036 H) : Imam soufi, versé dans l’exégèse coranique, le hadith, le fiqh, les fondements du droit et la théologie (kalām). Son propre maître, Aḥmad al-Maqqarī, le décrivit comme « le Junayd de son époque ». Il fonda sa zāwiya à Fès en 1027 H, où il se consacra à l’enseignement et à la transmission du hadith.
Aḥmad ibn Muḥammad al-Maqqarī al-Tilimsānī (m. 1041 H) : Historien, homme de lettres et grand traditionniste, auteur de la célèbre somme Nafḥ al-Ṭīb min Ghuṣn al-Andalus al-Raṭīb sur l’histoire et les figures d’al-Andalus. Il quitta Fès pour l’Égypte, le Ḥijāz et le Shām.
Abū al-Qāsim ibn Abī Nuʿaym al-Ghassānī : Qāḍī al-jamāʿa et muftī de la cité de Fès à son époque, réunissant la connaissance des lectures coraniques (qirāʾāt) et de leurs justifications, de la grammaire, de l’exégèse, de la théologie, des fondements du droit, du fiqh et de la science du calcul horaire (tawqīt).
Abū al-Faḍl Qāsim ibn Abī al-ʿĀfiya, dit Ibn al-Qāḍī : Grammairien issu de la célèbre famille fassie des Ibn al-Qāḍī, réputée pour son savoir, auteur d’ouvrages utiles en grammaire, et cousin du traditionniste Abū al-ʿAbbās Aḥmad ibn al-Qāḍī.
Muḥammad ibn Aḥmad al-ʿAyyāshī : Juriste fassi compté parmi les maîtres de Miyāra dont il reçut le fiqh, et père du grand savant voyageur Abū Sālim al-ʿAyyāshī, l’un des disciples les plus illustres de Miyāra.
Ses voyages
Un fait notable de la biographie de Miyāra est que les recueils biographiques le décrivent comme « fassi de résidence, d’établissement et de mort » (fāsī al-dār wa-l-qarār wa-l-wafāt), c’est-à-dire qu’il demeura à Fès toute sa vie scientifique, sans qu’on lui connaisse de longs voyages comparables à celui de son maître Ibn ʿĀshir lors de son pèlerinage au Ḥijāz. L’essentiel de son activité scientifique — réception du savoir, enseignement et rédaction — se déroula donc à l’intérieur même de la ville de Fès, ce qui explique la profondeur de sa connaissance du patrimoine juridique fassi et de l’école mālikite dans sa formulation marocaine tardive.
Son rang scientifique et sa méthode
Miyāra fut un imam savant, profondément versé dans les sciences, digne de confiance et réputé pour sa piété scrupuleuse (waraʿ) et sa religiosité. Il fut compté parmi les maîtres du fiqh au Maroc de son temps. Sa méthode de rédaction se caractérisait par l’exposition des positions reconnues de l’école mālikite et de ce sur quoi s’était fixé l’avis juridique (fatwā) chez les mālikites tardifs, sans s’étendre longuement sur l’argumentation scripturaire par le Coran et la Sunna, estimant que cela relevait des ouvrages détaillés, tandis que les abrégés avaient pour but de faciliter la pratique cultuelle aux non-spécialistes et de rapprocher les positions reconnues de l’école.
Ses ouvrages
Al-Durr al-Thamīn wa-l-Mawrid al-Muʿīn fī Sharḥ al-Murshid al-Muʿīn ʿalā al-Ḍarūrī min ʿUlūm al-Dīn — son grand commentaire du poème d’Ibn ʿĀshir, considéré comme le commentaire le plus important et le plus célèbre au service de ce poème : il en résolut les termes, en manifesta les significations et en ouvrit les points obscurs. Il connut de nombreuses éditions, la première étant l’édition lithographique de Fès en 1292 H, suivie d’éditions à Fès, en Tunisie, en Égypte et au Liban.
Mukhtaṣar al-Durr al-Thamīn (connu sous le nom de « Miyāra al-Ṣaghīr ») — abrégé du grand commentaire ; Miyāra indique lui-même dans son introduction qu’il l’abrégea après avoir jugé le grand commentaire trop long au regard du texte commenté.
Fatḥ al-ʿAlīm al-Khallāq bi-Sharḥ Lāmiyyat al-Zaqqāq — commentaire du poème juridique d’Abū al-Ḥasan al-Zaqqāq.
Zubdat al-Awṭāb fī Ikhtiṣār al-Ḥaṭṭāb — abrégé de l’un des commentaires d’al-Ḥaṭṭāb sur le Mukhtaṣar de Khalīl.
Al-Itqān wa-l-Iḥkām fī Sharḥ Tuḥfat al-Ḥukkām — commentaire du poème d’Ibn ʿĀṣim al-Gharnāṭī sur la magistrature et les jugements.
Ses ouvrages furent décrits comme utiles, ayant reçu un large accueil et une grande adhésion du public ; al-Durr al-Thamīn et son abrégé demeurent aujourd’hui encore des textes de référence dans l’enseignement traditionnel (al-taʿlīm al-ʿatīq) au Maroc.
Ses disciples
Un grand nombre de disciples profitèrent de son savoir, dont les plus notables sont :
Muḥammad Miyāra « al-Ṣaghīr » (son fils) : Juriste éminent qui suivit la voie de son père et abrégea son grand commentaire du poème d’Ibn ʿĀshir dans ce qui devint le « Mukhtaṣar Miyāra al-Ṣaghīr », l’un des textes les plus célèbres de référence de l’école mālikite.
Muḥammad al-Majjāṣī : Juriste, parmi les élèves de Miyāra al-Fāsī, qui reçut de lui le fiqh et profita de ses séances scientifiques à Fès.
Abū Sālim ʿAbd Allāh ibn Muḥammad ibn Abī Bakr al-ʿAyyāshī (m. 1090 H) : Savant, homme de lettres et grand voyageur, auteur de la célèbre al-Riḥla al-ʿAyyāshiyya, relation de son voyage vers le Ḥijāz, et l’une des figures marquantes du Maroc au XIᵉ siècle de l’hégire.
Ce qu’en dirent les savants
Les savants postérieurs le décrivirent comme « l’un des réceptacles du savoir et des jurisconsultes en science des jugements », et son commentaire du poème d’Ibn ʿĀshir comme « le commentaire le plus important et le meilleur au service du Murshid al-Muʿīn », car il en résolut les termes, en manifesta les significations, en simplifia les points délicats et en ouvrit les points obscurs. Nombre de ses biographes formulèrent pour lui des invocations de vaste miséricorde, le comptant parmi les provisions durables auprès d’Allah — ce qui reflète le rang élevé qu’il occupe dans la mémoire scientifique marocaine en tant que l’un des plus éminents commentateurs de l’école mālikite au XIᵉ siècle de l’hégire.
Sa mort et l’emplacement de sa tombe
Il mourut, qu’Allah lui fasse miséricorde, un mardi, le 3 jumādā al-ākhira 1072 H (correspondant approximativement à l’année 1662.), et fut enterré à Fès, précisément dans le Darb al-Ṭawīl de la ville, à proximité du mausolée de Sīdī ʿAzīz. Ainsi acheva-t-il sa vie scientifique là où il l’avait commencée, dans cette ville de Fès où il naquit, grandit, enseigna, écrivit et mourut, qu’Allah lui accorde Sa vaste miséricorde.

