Muawiya ibn Abi Sufyan : L'Oncle des Croyants et le Bâtisseur de la Civilisation

Muawiya ibn Abi Sufyan , figure emblématique de l'histoire islamique, joue un rôle prépondérant dans les débuts de la dynastie omeyyade. Né en 602, il est le fils d'Abu Sufyan, un chef du clan Quraysh de La Mecque. Proche de la famille prophétique, sa sœur Ramla ayant épousé le Messager de Dieu, il est respecté sous le titre d'« Oncle des Croyants ». Avant son accession au califat, Muawiya ibn Abi Sufyan devient le gouverneur de Syrie, un poste stratégique qui lui permet de mobiliser des ressources considérables et de renforcer son autorité sur la région.

Le contexte politique et social dans lequel il s'est élevé est essentiel pour comprendre son ascension. La période qui suit la mort du prophète Mahomet en 632 est marquée par des tensions internes. La première fitna, ou guerre civile, a exacerbé les rivalités entre les partisans d'Ali et ceux d'Othman, le précédent calife, dont Muawiya était un fervent soutien. En tant que gouverneur, il a su exploiter ces tensions à son avantage en mettant en place un système administratif efficace et en cultivant des alliances. L'héritage et la défense de Muawiya Ier par les savants malikites, notamment à travers les écrits du Cadi Ayyad ou les enseignements à la Qarawiyyin, montrent à quel point il est perçu comme un pilier de l'unité islamique.

Sa détermination à établir une nouvelle ère de gouvernance se dévoile au fil de son règne. Avec le soutien de son armée, il instaure une centralisation du pouvoir qui marquera les fondements de la dynastie omeyyade. Muawiya parvient finalement à accéder au titre de calife en 661, après l'assassinat d'Ali, s'érigeant ainsi en leader d'un empire qui s'étendra sur de vastes territoires. Son ascension illustre une combinaison de facteurs politiques et militaires qu'il a habilement mis au service de la civilisation.

Ses Mérites (Manaqib) d'après la Sunna

Muawiya : Khâl al-Muminin

Le Prophète Muhammad ﷺ a fait des invocations spécifiques pour Muawiya, soulignant son rôle de guide :

La Guidance : Le Prophète ﷺ a dit : « Ô Allah, fais de lui un guide (Hâdi), bien guidé (Mahdi) et guide les gens par lui. » (Rapporté par Al-Tirmidhi).

La Protection contre le châtiment : Le Prophète ﷺ a invoqué : « Ô Allah, enseigne à Muawiya le Livre et le calcul, et protège-le du châtiment. » (Rapporté par Ahmad).

Le Scribe de la Révélation : Il fut l'un des rares compagnons chargés d'écrire le Coran sous la dictée directe du Prophète ﷺ, ce qui témoigne d'une confiance absolue en son honnêteté.

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la magnifique Grande Mosquée des Omeyyades

Ibn Abbas (qu'Allah l'agrée) :

Lorsqu'on l'interrogea sur Muawiya, il répondit : « C'est un juriste (Faqih). Il a accompagné le Messager d'Allah ﷺ. »

Omar ibn al-Khattab (qu'Allah l'agrée) :

Il l'appelait « le César des Arabes » en raison de sa prestance, de sa sagesse et de sa capacité à diriger.

Le Rempart Contre l'Extrémisme

La Position des Savants Malikites du Maghreb

L'école Malikite, particulièrement au Maroc et en Andalousie, est connue pour sa rigueur dans la défense des Compagnons.

Vue de la cour intérieure de la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas montrant l'édicule central sur colonnes antiques et les arcades historiques.

Le Cadi Ayyad (Al-Qadi 'Iyad) :

Dans son célèbre ouvrage Ash-Shifa, il souligne que le respect de Muawiya fait partie du respect dû au Prophète ﷺ. Il considère que les différends entre les Compagnons relevaient de l'effort d'interprétation (Ijtihad) et ne diminuent en rien leur justice ('Adala).

Ibn Abi Zayd al-Qayrawani :

Dans sa Risala (fondement du dogme malikite au Maghreb), il stipule qu'il est obligatoire de mentionner les Compagnons de la meilleure des manières et de s'abstenir d'évoquer leurs querelles.

Ahmad al-Wansharisi  :

Dans le Mi'yar "Al-Mi'yar al-Mu'rab", il est rapporté que critiquer Muawiya ou l'insulter est une déviance grave. Les savants maghrébins y soulignent que celui qui s'attaque à Muawiya cherche en réalité à ébranler la chaîne de transmission de la religion, car il était l'un des piliers de l'État islamique et un rapporteur de la Sunna.

L'apport
d'Ibn Rushd
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al-Jadd
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Le Grand-père

Ibn Rushd al-Jadd était l'Imam des Malikites de son temps et une autorité suprême au Maghreb et en Andalousie.

Sa défense de Muawiya : Dans ses Fatawa et son ouvrage Al-Bayan wa al-Tahsil, il insiste sur le fait que Muawiya (qu'Allah l'agrée) était un interprète (Mujtahid).

La règle d'or : Il a codifié la position malikite marocaine : les conflits entre les Compagnons étaient basés sur une recherche de la vérité et non sur des passions mondaines. Par conséquent, il est strictement interdit de les critiquer, car cela reviendrait à critiquer ceux que le Coran a honorés.

Détails sculptés en plâtre et bois de cèdre dans la cour intérieure de la Médersa Al-Attarine à Fès.
Détails sculptés en plâtre et bois de cèdre dans la cour intérieure de la Médersa Al-Attarine à Fès.

La Mosquée d'Al-Qarawiyyin 

à Fès : Sanctuaire de la Sunna

La prestigieuse université Al-Qarawiyyin, la plus ancienne au monde, a joué un rôle crucial dans la préservation de l'image de Muawiya au Maroc :

L'enseignement du Hadith : Depuis des siècles, on y enseigne le Sahih al-Bukhari et le Muwatta de l'Imam Malik. Dans ces cercles de science, les savants de Fès ont toujours rappelé que Muawiya était le "Oncle des croyants" (en tant que frère d'Oum Habiba, épouse du Prophète).

Consensus des Savants de Fès : Les oulémas de la Qarawiyyin ont émis de nombreux avis juridiques stipulant que l'amour de la famille du Prophète (Ahl al-Bayt) ne doit jamais se faire au détriment du respect des Compagnons comme Muawiya. Ils considèrent l'équilibre entre ces deux amours comme le pilier de l'identité religieuse marocaine.

Illustration d'Ibn Rochd (Averroès) écrivant dans une bibliothèque, entouré de manuscrits anciens et de savants dans un médaillon ornementé.

Ibn Rushd Al-Jadd  tiré de son ouvrage

"Al-Muqaddimat"

« Le consensus des gens de la Sunna est que la justice des Compagnons (qu'Allah les agrée) est établie par le témoignage d'Allah et de Son Messager. Ce qui s'est passé entre Muawiya et Ali n'était qu'une divergence d'interprétation (Ijtihad) pour la recherche de la vérité. Muawiya n'était ni un transgresseur par désir, ni un égaré, mais un Mujtahid qui recevra une récompense pour son effort. »

Illustration du Cadi Ayyad tenant un livre ouvert avec son ouvrage célèbre Ash-Shifa en arrière-plan, dans un médaillon aux motifs arabesques dorés et bleus.

Cadi Ayyad Sabti dans son livre

"Ach-Chifa"

« Ne prêtez pas l'oreille à ceux qui mentionnent Muawiya avec mépris. S'il n'avait pas été digne de confiance, le Prophète ﷺ ne lui aurait pas confié les paroles de Dieu. Il est le voile des Compagnons : celui qui déchire le voile (Muawiya) finira par s'attaquer à ce qu'il y a derrière. »

Illustration de l'Imam Muhammad Mayara al-Fassi lisant un ouvrage dans une cour de madrasa traditionnelle avec fontaine, insérée dans un médaillon ornementé.

L'imam Mayyara al-Fassi dans son ouvrage

"Ad-Dour al-Thamin"

« Quiconque dénigre Muawiya ou l'un des Compagnons du Messager ﷺ est un homme dont on doit suspecter la foi. Ils sont les porteurs de la Loi et les témoins de la Révélation. S'attaquer à leur justice, c'est s'attaquer à la source même de notre droit. Muawiya reste un pilier de cette transmission : s'il n'avait pas été agréé par Allah, il n'aurait jamais été chargé d'écrire les versets du Livre. »

L'amour de Muawiya est un signe de la pureté du cœur envers le Messager d'Allah ﷺ. Car celui qui déteste le scribe de la Révélation soupçonne indirectement Celui qui l'a choisi pour cette mission. À la Qarawiyyin, nous enseignons que la plume de Muawiya a servi le Coran avant que son épée ne serve l'État.