Histoire de la La dynastie alaouite au Maroc
La dynastie alaouite au Maroc compte parmi les lignées dirigeantes les plus importantes de l’histoire islamique, gouvernant le Maroc depuis le milieu du XVIIe siècle jusqu’à nos jours. Cette noble lignée remonte à la descendance de l’Imam Al-Hasan, fils de l’Imam ^Ali, que Dieu les agrée. C’est pourquoi son souverain porte le titre de « Commandeur des Croyants ». Il s’agit de l’une des plus anciennes dynasties encore en exercice dans le monde musulman, ayant joué un rôle central dans la préservation de l’identité islamique marocaine et la sauvegarde du patrimoine malikite et acharite à travers les siècles.
I. Fondation de la La dynastie alaouite
L’État alaouite a été fondé au milieu du XVIIe siècle (seconde moitié du XIe siècle de l’hégire), dans le contexte de l’effondrement de la dynastie saadienne et de la dispersion du pouvoir.
1. Moulay Chérif : L’Aïeul de la Famille
Moulay Chérif ben ^Ali (1589-1659) est le véritable ancêtre de la famille alaouite. Né en l’an 997 de l’hégire, il était un dignitaire et un chef parmi les siens. Les habitants de Sijilmassa lui prêtèrent allégeance en 1631, faisant de lui le premier gouverneur de cette noble lignée dans la région. Le pouvoir passa ensuite à son fils Mouhammed Ier, qui prépara le terrain pour son frère.
2. Moulay Rachid : Le Fondateur Effectif (1664-1672)
Moulay Rachid ben ^Ali (né vers 1631 — décédé le 9 avril 1672) est considéré comme le fondateur effectif de l’État alaouite unifié. Après avoir pris le dessus sur son frère lors d’une bataille décisive en 1664, il entreprit d’unifier le Maroc :
Entrée à Fès en 1665, où il consolida le pouvoir et remplaça son juge.
Conquête de Ksar El Kébir et Tétouan, suivie de l’allégeance des autres régions.
Achèvement de la conquête de Marrakech et du Sud, et fondation de l’école des Cherratine à Fès.
Établissement d’un système monarchique solide fondé sur l’allégeance (Al-Bay^ah) islamique.
Correction historique : Son décès est souvent daté par erreur de 1671. Il est en réalité décédé le 9 avril 1672 à Marrakech, des suites d’une chute de cheval. Selon l’historien An-Nasiri, cette allégeance démontrait la conscience de la nation marocaine et son engagement envers le pacte conclu.
II. Croyance et École de Jurisprudence
La dynastie alaouite adopte l’école (Madhab) de l’Imam Malik dans la jurisprudence, et la croyance Acharite dans les fondements de la religion (Ouçoul ad-Din). Il s’agit de la croyance sunnite authentique, profondément enracinée dans le patrimoine marocain depuis le deuxième siècle de l’hégire.
Caractéristiques de l’identité religieuse :
Descendance issue de l’Imam Al-Hasan, fils de ^Ali, que Dieu les agrée.
Migration de la région de Yanbu^ au Hedjaz vers le Tafilalet au Maroc au VIIe siècle de l’hégire.
Suivi rigoureux de l’école de l’Imam Malik dans toutes les questions de jurisprudence et de justice.
Adoption de la croyance Acharite, à l’instar de l’ensemble des savants du Maroc.
Le titre officiel du Roi est « Commandeur des Croyants » (Amir Al-Mou’minin), un titre islamique sunnite rassembleur.
Mise en garde importante : Cette noble lignée est totalement distincte de la secte dite « alaouite » (nousayrite) présente en Syrie, qui est un groupe aux croyances corrompues n’ayant aucun lien avec les gens de la Sounnah, ni avec la famille alaouite marocaine.
III. Les Juristes de La dynastie alaouite
L’État alaouite a connu une renaissance intellectuelle majeure, les Sultans encourageant les savants et confiant les postes de juge et de moufti aux meilleurs juristes malikites.
Sous le règne de Moulay Ismaïl (1672-1727) :
Abou Madyan Al-Miknassi : Nommé juge de la communauté, célèbre pour son éloquence et l’étendue de son savoir.
Mouhammed ben Al-Ayyachi : Juge de Marrakech, décrit par les historiens comme maîtrisant le raisonnement par analogie, mémorisant les textes et doté d’une grande intelligence.
Sous le règne de Mohammed III (1757-1790) :
^Abd al-^Aziz Al-Bou^abdalli : A assumé la fonction de juge sous ce règne.
Mouhammed At-Tawdi ben Souda : Cheikh de la communauté à Fès, il jouissait d’un grand prestige auprès du Sultan.
Les Sultans Savants :
Moulay ^Abd al-Hafidh (1875-1937) : Savant et homme de lettres, il a allié la gouvernance à l’écriture, laissant des ouvrages en jurisprudence, hadith, langue, rhétorique, soufisme et littérature.
IV. Réalisations Civilisationnelles
L’ère de Moulay Ismaïl (1672-1727)
Unification du territoire, de la mer Méditerranée jusqu’au fleuve Sénégal.
Élimination des tendances séparatistes et pacification des tribus.
Création de l’armée des ^Abid Al-Boukhari (soldats ayant prêté serment sur le Sahih d’Al-Boukhari).
Établissement de Meknès comme nouvelle capitale, avec la construction de ses immenses palais.
Relations diplomatiques d’égal à égal avec les monarques européens, dont Louis XIV.
Récupération de Mehdia (1681) et expulsion des Anglais de Tanger (1684).
L’ère de Sidi Mohammed ben ^Abd Allah (1757-1790)
Ouverture des ports au commerce international.
Fondation de la ville d’Essaouira (Mogador) en 1765.
Reconnaissance des États-Unis en 1777 (le Maroc fut le premier pays au monde à reconnaître leur indépendance).
Soutien aux savants et parrainage de l’Université Al-Qarawiyyin.
V. Les Piliers du Savoir et du Soufisme Sunnite
Le Maroc alaouite a été le berceau d’un soufisme sunnite modéré, fondé sur la Charia, avec l’émergence de figures éminentes combinant les sciences apparentes et l’éducation de l’âme.
1. Mouhammed ben Soulayman Al-Jazouli (décès en 1465)
Originaire du Souss et descendant d’une noble lignée, il est une figure de proue du soufisme marocain. Il a composé le célèbre recueil Dala’il al-Khayrat, l’ouvrage le plus répandu dans le monde islamique pour invoquer les prières sur le Prophète Mouhammed, que Dieu l’honore et l’élève en degrés.
2. Mouhammed At-Tawdi ben Souda (1700-1795)
L’un des plus grands savants de Fès au XIIe siècle de l’hégire. Maîtrisant le fiqh, l’exégèse et le soufisme, lui et sa descendance ont bénéficié d’un immense respect de la part des Sultans.
3. Ahmad ben ^Ajiba (1748-1809)
Grand connaisseur par Dieu (^Arif bi-l-Lah) et savant illustre, il a mémorisé le Coran à neuf ans. Auteur de Mi^raj At-Tachawwouf, il représente l’excellence de l’école Darqawiyyah dans le nord du Maroc.
4. Mouhammed Al-^Arabi Ad-Darqawi (1760-1823)
Le pôle de son époque, il a organisé la voie Darqawiyyah sur des bases saines. Il a laissé de précieuses épîtres sur l’évocation de Dieu et le comportement spirituel.
5. Al-Hassan ben Mas^oud Al-Yousi (1631-1691)
Juriste, théologien et soufi, il était connu pour son courage à conseiller respectueusement le Sultan Moulay Ismaïl. Son ouvrage Al-Qanoun est une référence en matière d’éthique des savants.
Le Soufisme sous l’égide de l’État : Les voies soufies se sont activement associées à la défense de la patrie et à la résistance face au colonialisme. Les Sultans ont toujours soutenu les grands cheikhs, préservant cet équilibre entre vérité spirituelle et loi religieuse.
VI. L’Ère du Protectorat et le Recouvrement de l’Indépendance
La période du protectorat (1912-1956) a mis en évidence la solidité de la famille royale et son attachement à la légitimité religieuse et patriotique.
Le Roi Mouhammed V (1927-1961) : Héros de la libération. Exilé à Madagascar en 1953 par les autorités coloniales françaises, ce qui déclencha la colère du peuple. Il revint triomphant en 1955 pour signer l’indépendance en 1956. Il est considéré comme le « Père de la Nation ».
Le Roi Hassan II (1961-1999) : Bâtisseur des institutions modernes. Il a orchestré la pacifique Marche Verte en 1975 pour récupérer les provinces du sud et a présidé le Comité Al-Qods pour la défense des lieux saints.
VII. L’Apogée Moderne sous le Roi Mouhammed VI
Depuis son accession au trône en 1999, le Roi Mouhammed VI a mené des réformes structurelles profondes :
| Secteur | Réalisations Majeures |
| Infrastructures | Hisse le Maroc au 16e rang mondial pour la qualité des routes (taux de revêtement proche de 80%). |
| Ports | Construction de Tanger Med, le plus grand port d’Afrique et de la Méditerranée. |
| Eau | Augmentation du nombre de barrages à 154, sécurisant plus de 20 milliards de mètres cubes. |
| Transport | Lancement en 2018 du train à grande vitesse « Al Boraq » (320 km/h). |
| Énergies | Développement du complexe solaire « Noor » à Ouarzazate, pionnier mondial des énergies renouvelables. |
| Sport | Demi-finale historique lors de la Coupe du Monde 2022 et co-organisation de l’édition 2030. |
| Économie | Chute du taux de pauvreté de 15,3% (2000) à moins de 5% (2022). Le PIB est passé de 42 à plus de 130 milliards de dollars. |
Conclusion
La dynastie alaouite s’impose comme l’une des plus anciennes lignées dirigeantes continues du monde islamique. Elle a, durant quatre siècles, édifié la nation marocaine tout en préservant son identité sunnite, acharite et malikite, et en sauvegardant son intégrité territoriale.
Elle a connu son âge d’or politique sous Moulay Ismaïl, son essor diplomatique sous Mohammed III, son triomphe patriotique sous Mouhammed V, et vit aujourd’hui l’apogée de son développement moderne sous le règne du Roi Mouhammed VI. L’État alaouite demeure ainsi le témoin de la capacité de la nation marocaine à conjuguer l’authenticité de sa religion avec la modernisation de ses institutions.

