Innovation en Islam : l’analyse des Malékites Ach’arites du Maghreb al-Aqsa

Avec une étude comparative des avis des rigoureux et des modérés.

Introduction à la problématique du concept d’innovation

Innovation est la question qui constitue l’un des sujets jurisprudentiels ayant suscité le plus grand débat dans l’histoire de la pensée islamique. Les savants se sont divisés à ce sujet entre partisans d’une vision restrictive et partisans d’une vision plus large, chacun s’appuyant sur des preuves tirées du Noble Coran, de la Sunnah du Prophète Mouhammed — que ALLAH l’élève et le protège davantage — et des paroles des Compagnons et de leurs successeurs. Cependant, l’école Malékite Ach’arite du Maghreb a apporté une contribution d’une importance capitale dans l’enracinement de cette question et la clarification des points de litige, grâce à des sommités telles que l’Imam Ach-Chatibi, Al-Wancharisi, Al-Maziri, ‘Iyad, Ibn Al-Hajj et d’autres, qui ont laissé un héritage scientifique fertile encore enseigné dans les facultés de Charia à ce jour.

Cette recherche vise à mettre en lumière et à analyser cette position à travers : (1) la définition de l’innovation linguistiquement et conventionnellement, (2) l’exposé des preuves des deux parties, (3) le détail des catégories d’innovations chez les Ach’arites Malékites maghrébins, (4) la discussion de la position rigoureuse telle que représentée par l’Imam Abou Ishaq Ach-Chatibi, et (5) l’apport d’exemples illustratifs, tout en citant les sources originales certifiées en chaque point.

Définition de l’innovation — Langue et Convention

1 — La définition linguistique L’innovation (Al-Bid’ah) est dérivée dans la langue du verbe (ba-da-‘a), qui signifie créer ou commencer quelque chose sans modèle préalable. Ibn Mandhour a dit dans Lisan al-‘Arab (t. 8, p. 6) : « L’innovation est ce qui est survenu dans la religion après son achèvement, ou ce qui a été introduit après le Prophète Mouhammed — que ALLAH l’élève et le protège davantage — parmi les passions et les actes ». Al-Badi’ (le Créateur) est l’un des Noms sublimes d’ALLAH, car Il — que ALLAH soit glorifié et exalté — a créé les créatures, c’est-à-dire qu’Il les a fait exister à partir du néant, comme le dit le verset : ﴿ بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ ﴾ [Sourat Al-Baqarah, verset 117]. Al-Fayyoumi a dit dans Al-Misbah al-Mounir (racine b.d.’) : « J’ai innové une chose, je l’ai créée, c’est-à-dire que je l’ai initiée et commencée ; de là vient le terme Bid’ah, qui est le nom de ce qui est introduit sans modèle préalable ».

2 — La définition conventionnelle

A — Définition de l’Imam Ach-Chatibi L’innovation est une méthode dans la religion, inventée, qui ressemble à la voie légiférée, dans laquelle on a l’intention d’exagérer dans l’adoration d’ALLAH — qu’Il soit exalté —. — Ach-Chatibi, Al-‘Itissam, vérification : Salim al-Hilali, Dar Ibn ‘Affan, t. 1, p. 37. On remarque dans cette définition deux conditions posées par Ach-Chatibi : le fait qu’elle soit dans la religion et l’intention de l’adoration. Ce qui ne concerne pas la religion n’entre pas, selon lui, dans le concept de l’innovation blâmable.

B — Définition des savants Malékites maghrébins modérés À l’opposé, la majorité des Malékites maghrébins a opté pour une définition plus large qui englobe les aspects de nouveauté ne contredisant pas la Loi (Charia). L’Imam ‘Izzou d-Din Ibn ‘Abdi s-Salam — bien qu’il ne soit pas maghrébin, son école est une référence chez les Malékites du Maghreb — a dit : « L’innovation, c’est l’accomplissement de ce qui n’était pas connu à l’époque du Messager d’ALLAH — que ALLAH l’élève et le protège davantage —. Elle se divise en : obligatoire, interdite, recommandée, détestable et permise ». — Izzou d-Din Ibn ‘Abdi s-Salam, Qawa’id al-Ahkam fi Masalih al-Anam, t. 2, p. 173, Dar al-Koutoub al-‘Ilmiyyah. Les savants du Maghreb ont généralement suivi cette méthodologie, et Al-Qarafi (Malékite) l’a adoptée dans Al-Fourouq (56e distinction), qui est l’une des sources les plus éminentes de la jurisprudence Malékite maghrébine.

Preuves du Coran, de la Sunnah et des paroles des Compagnons

1 — Preuves de la condamnation de l’innovation (Grands Hadiths) Ceux qui condamnent toute innovation s’appuient sur un ensemble de Hadiths explicites du Prophète Mouhammed — honore et élève davantage en degrés notre Maître —, notamment : « Évitez les nouveautés, car chaque nouveauté est une innovation (Bid’ah) et chaque innovation est un égarement. » — Rapporté par Abou Dawoud dans ses Sounan, livre de la Sunnah, chapitre de l’attachement à la Sunnah, n° 4607 ; et At-Tirmidhi n° 2676 qui a dit : Hadith Hassan Sahih. « Celui qui introduit dans notre affaire-ci ce qui n’en fait pas partie, il est rejeté. » — Al-Boukhari, Sahih Al-Boukhari, livre de la conciliation, n° 2697 ; Mouslim, Sahih Mouslim, livre des jugements, n° 1718. « Et toute innovation est un égarement, et tout égarement est en Enfer. » — Mouslim, Sahih Mouslim, livre du vendredi, n° 867 — d’après le Hadith de Jabir Ibn ‘Abdillah.

2 — Preuves des partisans de la division des innovations (La bonne innovation) En revanche, la majorité des Malékites, des Chafi’ites et des Hanafites s’appuient sur les preuves suivantes : « Celui qui instaure en Islam une bonne tradition (Sounnah), il en a la récompense et la récompense de ceux qui l’ont pratiquée après lui… » — Mouslim, Sahih Mouslim, livre de la Zakat, n° 1017 — d’après le Hadith de Jarir Ibn ‘Abdillah. ‘Oumar Ibn Al-Khattab — qu’ALLAH l’agrée — a dit lorsqu’il a rassemblé les gens pour la prière de Tarawih derrière Oubayy Ibn Ka’b : « Quelle excellente innovation que celle-ci ! » — Al-Boukhari, Sahih Al-Boukhari, livre de la prière de Tarawih, n° 2010. Ce récit est une preuve péremptoire pour la majorité quant à la licéité d’utiliser le terme « innovation » pour ce qui est introduit et ne contredit pas la Loi (Charia), car comment le Juste (Al-Farouq) pourrait-il qualifier d’« excellente innovation » quelque chose qu’il considérerait comme un égarement ?

La position des savants modérés du Maghreb extrême vis-à-vis de l’innovation

1 — L’Imam Qadi ‘Iyad Al-Andalouzi Al-Yahsoubi (décédé en 544 H) Qadi ‘Iyad — l’une des sommités des Malékites du Maghreb et d’Al-Andalus — n’a pas abordé l’innovation par une définition indépendante dans ses ouvrages majeurs, mais sa méthodologie dans Ach-Chifa bi-ta’rif houqouq al-Moustafa — que ALLAH honore et élève davantage en degrés notre Maître — montre sa modération dans les questions de suivi et d’innovation. Il distinguait entre ce qui contredit les fondements et ce qui ne les contredit pas. Voir : Qadi ‘Iyad, Ach-Chifa, Dar al-Fikr, t. 1, p. 217 et suivantes.

2 — L’Imam Abou ‘Abdillah Al-Maziri (décédé en 536 H) Al-Maziri est l’Imam des Malékites au Maghreb au VIe siècle, auteur de Charh at-Talqin et d’Al-Mou’lim bi-fawa’id Mouslim. Il est l’un de ceux qui ont discuté le plus profondément des questions de fondements. Il a adopté le principe de l’intérêt général (Al-Maslahah al-Moursalah), qui est en essence une solution partielle à la question de l’innovation, puisqu’il autorise les nouveaux actes qui correspondent à un intérêt légal reconnu et ne contredisent pas un texte. Voir : Al-Maziri, Al-Mou’lim bi-fawa’id Mouslim, vérification : Mouhammad Ach-Chadili an-Nayfar, Dar al-Gharb al-Islami, t. 1, p. 21.

3 — L’Imam Ahmad Al-Wancharisi (décédé en 914 H) Al-Wancharisi — auteur de l’encyclopédie jurisprudentielle célèbre Al-Mi’yar al-Mou’rib wa l-Jami’ al-Moughrib ‘an fatawa ‘oulama’ Ifriqiyah wa l-Andalous wa l-Maghrib — représente le meilleur témoignage sur la position pratique des juristes du Maghreb vis-à-vis de l’innovation. Al-Mi’yar contient des dizaines de cas concernant des pratiques religieuses introduites comme le Mawlid du Prophète, les cercles de rappel (dhikr) et les visites, et les Fatwas des savants du Maghreb ont majoritairement conclu à leur licéité ou à leur recommandation. Al-Wancharisi a rapporté dans Al-Mi’yar de nombreuses Fatwas concernant l’écoute (sama’) et le Mawlid qui les autorisent ou les valorisent, ce qui indique que la coutume des savants maghrébins distinguait entre l’innovation blâmable et l’introduction d’une bonne chose. — Al-Mi’yar al-Mou’rib, vérification : Mouhammad Hajji et autres, Ministère des Awqaf marocain, t. 11, pp. 120-150.

4 — L’Imam Ibn Al-Hajj Al-‘Abdari At-Tilimsani (décédé en 737 H) Ibn Al-Hajj est l’auteur du livre Al-Madkhal, l’un des ouvrages les plus importants dans la critique des innovations et la réforme des comportements religieux. Sa position est très précise : il ne nie pas le principe de la division (bonne et mauvaise), mais il l’applique de manière sélective et rigoureuse. Il considère qu’une grande partie de ce qui est considéré comme « bonne innovation » par le commun est en réalité une innovation blâmable, car elle porte atteinte à la bienséance de l’adoration ou contredit la jurisprudence des priorités. « Sache que l’innovation se divise en : obligatoire, interdite, détestable, recommandée et permise, et cela n’est connu qu’en l’exposant aux règles de la Loi (Charia). » — Ibn Al-Hajj Al-‘Abdari, Al-Madkhal, Dar at-Tourath, Le Caire, t. 1, p. 279.

Les catégories d’innovations selon les Ach’arites Malékites maghrébins

La majorité des savants Malékites et Chafi’ites ont considéré que l’innovation se divise en cinq catégories, conformément aux cinq jugements légaux (Taklifiyy), ce qui a été établi par ‘Izzou d-Din Ibn ‘Abdi s-Salam et suivi par Al-Qarafi, An-Nawawi, Ibn ‘Abdi l-Barr et d’autres :

La première catégorie : L’innovation obligatoire Il s’agit de ce qui est rendu obligatoire par la Loi (Charia) et sans lequel l’obligation originelle ne peut être accomplie. Parmi ses exemples :

  • La compilation de la science de la grammaire (An-Nahw) pour protéger le Coran de la corruption linguistique : Lorsque les contrées furent conquises et que les langues se mélangèrent, les Compagnons ordonnèrent d’établir les règles de la langue arabe. Al-Qarafi a dit : « L’apprentissage de la grammaire est obligatoire car la compréhension du Coran est obligatoire, et ce sans quoi l’obligation ne peut être parfaite est lui-même obligatoire. » (Al-Fourouq, t. 4, p. 202).

  • La compilation des sciences des fondements de la jurisprudence (Oussoul al-Fiqh), du Hadith, de la terminologie et des hommes du Hadith (Al-Jarh wa t-Ta’dil).

  • La préservation des frontières politiques des pays musulmans par des lois administratives lorsque l’application complète de la Charia fait défaut.

La deuxième catégorie : L’innovation interdite Il s’agit de ce qui contredit un texte explicite ou ce qui constitue une introduction dans les fondements de la croyance ou des branches de manière menant à l’égarement. Parmi ses exemples :

  • Les innovations dans la croyance, telles que celle des Mou’tazilites niant les Attributs, celle des Qadariyyah niant la prédestination, et celle des Mourji’ah concernant la foi.

  • L’ajout de Takbir dans la prière obligatoire sans permission de la Loi (Charia).

  • La croyance que les saints possèdent une connaissance de l’inconnaissable (Al-Ghayb) de manière absolue.

La troisième catégorie : L’innovation recommandée Il s’agit de ce qui est introduit parmi les actes d’obéissance pour lesquels il existe une origine dans la Loi (Charia) et qui comporte une récompense. C’est la catégorie la plus vaste et la plus sujette à débat. Parmi ses exemples :

  • L’établissement d’écoles religieuses, de centres d’études (Ribats) et de Zawiyas pour enseigner le Coran et les sciences religieuses.

  • La célébration du Mawlid du Prophète Mouhammed — que ALLAH honore et élève davantage en degrés notre Maître— par le rappel (Dhikr), l’invocation et les chants religieux. C’est ce qu’a autorisé Ibn Al-Hajj avec des conditions, et ce qu’ont soutenu As-Souyouti, Ibn Hajar al-‘Asqalani et de nombreux savants du Maghreb.

  • La rédaction et la classification des sciences religieuses selon la méthode structurée qui n’existait pas à l’époque du Prophète Mouhammed.

  • La prière de Tarawih en congrégation derrière un seul Imam, telle que l’a instaurée ‘Oumar Ibn Al-Khattab — qu’ALLAH l’agrée.

La quatrième catégorie : L’innovation détestable (Makrouh) Il s’agit de ce qui est introduit et ne comporte ni intérêt prépondérant ni corruption manifeste, mais qui distrait de ce qui est préférable ou qui adopte une forme étrange sans justification légale. Parmi ses exemples :

  • L’excès dans la décoration des mosquées de manière à distraire les prieurs de l’humilité (Khouchou’). (Mentionné par Ibn Al-Hajj dans Al-Madkhal, t. 1, p. 240).

  • L’allongement excessif du sermon (Khoutbah) sans bénéfice scientifique.

La cinquième catégorie : L’innovation permise Il s’agit des nouveautés ordinaires qui ne concernent pas l’adoration à l’origine, comme les nourritures, les boissons, les vêtements et les moyens de transport modernes. Parmi ses exemples :

  • La consommation de nourritures modernes comme le café et autres boissons qui n’existaient pas à l’époque du Prophète Mouhammed — que ALLAH l’élève et le protège davantage — ; des ouvrages ont été consacrés à ce sujet, dont ‘Oumdatou s-Safwah fi Halli l-Qahwah de l’Imam As-Souyouti.

  • L’utilisation d’une chaire (Minbar) en bois à plusieurs marches : les Malékites ont dit que c’est permis et qu’il n’y a aucune détestation en cela.

La position rigoureuse — L’Imam Abou Ishaq Ach-Chatibi et son livre Al-’Itissam

1 — Présentation de l’Imam Ach-Chatibi et de son ouvrage Al-’Itissam Abou Ishaq Ibrahim Ibn Moussa Al-Lakhmi Al-Gharnati Ach-Chatibi (décédé en 790 H) est un Imam Malékite, spécialiste des fondements (Oussouli) et Ach’arite, parmi les savants d’Al-Andalus influencés par la culture du Maghreb extrême, car l’Andalousie a grandi dans son orbite scientifique. Son livre Al-’Itissam est considéré comme l’ouvrage le plus profond qui ait été consacré à la question de l’innovation dans tout l’héritage islamique. Le livre a été vérifié par le savant Salim Ibn ‘Id al-Hilali et publié en trois volumes (Dar Ibn ‘Affan, Khobar, 1412 H), et il s’agit de sa meilleure édition et la plus rigoureuse.

2 — Fondement de la méthodologie d’Ach-Chatibi dans la restriction de l’innovation Ach-Chatibi est parti d’un principe axial selon lequel la Loi (Charia) est complète et n’a nul besoin d’ajout : « La Loi (Charia) est parachevée et complète, et il ne reste aucun besoin d’y ajouter quoi que ce soit. Quiconque introduit dans la religion ce qui n’en fait pas partie a prétendu que la Loi (Charia) est incomplète et a besoin d’être complétée, et ceci est un rejet explicite de Sa parole — qu’ALLAH soit exalté — : ﴾الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ ﴿ [Ce jour-là, J’ai complété pour vous votre religion] ». — Ach-Chatibi, Al-’Itissam, t. 1, p. 39. C’est à partir de ce point de vue qu’Ach-Chatibi a construit un concept de l’innovation caractérisé par deux aspects essentiels :

  • L’innovation est une méthode religieuse inventée : c’est-à-dire que ce qui n’a pas pour but l’adoration n’est pas une innovation dans son sens particulier blâmable.

  • La ressemblance avec la Loi (Charia) : l’innovation, selon lui, est ce qui vise un comportement ressemblant à ce qui est légiféré, dans sa forme, son moment ou ses modalités.

3 — La critique d’Ach-Chatibi sur la division de l’innovation en bonne et mauvaise C’est le cœur de la question et le lieu du désaccord entre Ach-Chatibi et la majorité des Malékites : Ach-Chatibi refuse explicitement cette division : « Il n’est pas correct de dire à propos des choses inventées qu’elles sont de bonnes innovations ; car dire qu’elles sont « bonnes » implique que le Législateur (Ach-Chari’) les a omises, ce qui est impossible dans son droit. Soit elles entrent dans un fondement légiféré et elles sont donc légiférées et non des innovations, soit elles n’ont aucun fondement et elles sont donc des innovations blâmables nécessairement ». — Ach-Chatibi, Al-’Itissam, t. 1, pp. 188-190. Ach-Chatibi estime que classer les choses comme « bonne innovation » est un sophisme logique : car tout ce qui s’inscrit sous un fondement légal est légiféré et n’est pas une innovation, et ce qui n’a aucun fondement est une innovation blâmable par nécessité. Il n’y a pas d’intermédiaire entre les deux.

4 — Traits de la rigueur dans la méthodologie d’Ach-Chatibi : modèles appliqués Ach-Chatibi a appliqué sa méthodologie à des questions précises, notamment :

  • Son rejet de l’invocation collective organisée après les prières obligatoires : il a dit que ce n’était pas une habitude constante du Prophète Mouhammed — que ALLAH honore et élève davantage en degrés notre Maître —, et que l’imposer en fait une pratique semblable à un rite obligatoire, ce qui n’a pas été légiféré. (Al-’Itissam, t. 2, p. 68).

  • Son rejet de l’engagement dans des évocations (Adhkar) avec des nombres spécifiques après les prières sans preuve : il considère que déterminer un nombre, s’il n’est pas établi par un texte, devient un ajout dans la religion. (Al-’Itissam, t. 2, p. 72).

  • Sa critique des célébrations du Mawlid : bien que sa position soit plus nuancée que la simple interdiction, puisqu’il pose comme condition l’absence de contradiction avec un quelconque fondement légal.

5 — La réponse à Ach-Chatibi depuis l’intérieur de l’école Malékite Des savants Malékites du Maghreb et d’Andalousie ont répondu à la méthodologie d’Ach-Chatibi, au premier rang desquels :

  • L’Imam Al-Qarafi (décédé en 684 H), qui a autorisé la « bonne innovation » et l’a divisée selon les cinq jugements dans Al-Fourouq (56e distinction, t. 4, pp. 202-210), lui qui est plus ancien qu’Ach-Chatibi et à un degré plus élevé dans l’école.

  • L’Imam An-Nawawi (Chafi’ite) et ceux qui, parmi les Malékites, l’ont approuvé : ils ont argumenté avec la parole de ‘Oumar : « Quelle excellente innovation que celle-ci », ce qui est un texte explicite du Sahih Al-Boukhari qu’il n’est pas possible d’interpréter de manière absolue.

  • Mouhammad Ibn ‘Outhman Al-Mirghani dans Qourratou l-’Ayn : il a souligné qu’Ach-Chatibi lui-même est tombé dans certaines des choses qu’il a critiquées en divisant les innovations en (réelles et additives), ce qui est une terminologie introduite pour laquelle il n’existe aucun texte.

Autres savants de la tendance rigoureuse

L’Imam Ibn Waddah Al-Qourtoubi (décédé en 287 H) — La rigueur andalouse précoce Ibn Waddah est l’un des premiers Malékites à s’être préoccupé de la question de l’innovation au Maghreb et en Andalousie. Son livre Al-Bida’ wa n-Nahyou ‘anha (vérification : Mouhammad Ahmad Dahman, Dar al-Fikr, Damas) représente la plus ancienne référence maghrébine andalouse spécialisée sur le sujet. Sa position est globalement rigoureuse, bien qu’elle soit moins méthodique que celle d’Ach-Chatibi.

Exemples appliqués des événements (Nawazil) rapportés par les savants du Maghreb

La question de la célébration du Mawlid du Prophète Mouhammed — que ALLAH honore et élève davantage en degrés notre Maître- Cette question est l’une de celles qui ont été le plus examinées par les savants du Maghreb. Les avis ont divergé avec précision :

  • Al-Jachtami, Al-Qourtoubi, Ibn Hajar al-‘Asqalani et la majorité des savants du Maghreb ont autorisé la commémoration du Mawlid par le rappel (Dhikr), le chant et l’aumône, en s’appuyant sur l’analogie avec la glorification du jour de ‘Achoura.

  • Ibn Al-Hajj l’a limité dans Al-Madkhal (t. 2, p. 19) à la condition du respect des convenances de la Loi (Charia), de l’absence de mixité et d’actes blâmables.

  • Ach-Chatibi a critiqué sa forme célébrative collective organisée comme une tradition régulière, sans toutefois déclarer illicite la prière sur le Prophète Mouhammed — que ALLAH honore et élève davantage en degrés notre Maître — en ce jour.

La question de la construction de dômes sur les tombes des pieux Les Malékites maghrébins ont globalement autorisé la visite des tombes et la construction sur celles-ci, en dehors des mosquées, et ont eu recours à l’intercession par les pieux. Al-Wancharisi a rapporté dans Al-Mi’yar (t. 1, p. 438) des textes de Fatwas des savants du Maghreb qui autorisent cela ou le considèrent comme détestable sans pour autant l’interdire, ce qui est une position qui diffère de celle des rigoureux orientaux.

La question des cercles de rappel (Dhikr) collectifs La légitimité du rappel collectif organisé est l’une des grandes questions de l’héritage soufi maghrébin. La majorité l’a autorisé en s’appuyant sur les Hadiths concernant les assemblées de rappel, dont celui rapporté par Mouslim dans son Sahih (n° 2699) : « Aucun groupe ne se réunit dans un lieu agréé par Allah pour réciter le Livre d’ALLAH… ». Al-Wancharisi a examiné cette question dans Al-Mi’yar (t. 11, p. 120) et a rapporté sa valorisation par de nombreux savants.

Les paroles des savants maghrébins contemporains

1 — Cheikh Tahir Ibn ‘Achour (décédé en 1393 H) Il a déclaré dans Maqasid ach-Chari’ah al-Islamiyyah (vérification : Mouhammad at-Tahir al-Maysawi, Dar an-Nafa’is, p. 218) : Les finalités légales (Maqasid) imposent l’ouverture à toute nouveauté qui réalise une finalité légale reconnue, et que la rigueur dans la question de l’innovation mène à la cristallisation de la jurisprudence et à la paralysie de la civilisation islamique.

2 — Cheikh ‘Abdullah Kannoun (décédé en 1989 M) Il est l’un des plus éminents savants du Maghreb extrême au XXe siècle, Secrétaire général de la Ligue des savants du Maroc, et auteur de An-Noubough al-Maghribi fi l-Adab al-‘Arabi. Il a suivi dans sa méthodologie jurisprudentielle l’école Malékite maghrébine modérée concernant les questions d’innovation.

Conclusion et synthèses

Il ressort de cette recherche que la question de l’innovation dans la pensée Malékite Ach’arite maghrébine se caractérise par les points suivants :

  • Premièrement : La majorité des savants Malékites Ach’arites du Maghreb divisent l’innovation en cinq catégories auxquelles s’appliquent tous les jugements légaux (Taklifiyy), ce qui est la position d’Al-Qarafi, d’Ibn Al-Hajj, d’Al-Wancharisi et de beaucoup d’autres.

  • Deuxièmement : L’Imam Ach-Chatibi représente une exception relative au sein de l’école Malékite, en restreignant le concept de l’innovation et en n’acceptant pas la division en cinq catégories. Toutefois, sa position ne signifie pas l’annulation de la distinction entre les adorations légiférées et les nouveautés, mais plutôt une redéfinition de cette distinction.

  • Troisièmement : La position des Malékites maghrébins explique leur flexibilité à accepter de nombreuses pratiques religieuses comme les voies soufies, les festivités et le Mawlid, sans que cela ne signifie une priorité donnée aux coutumes sur les textes.

  • Quatrièmement : La référence ultime dans le jugement sur l’innovation, pour tous, est : l’exposer aux finalités de la Loi (Charia) et à ses fondements généraux (Kouliyyat). Ce qui est conforme à une finalité légale reconnue est accepté, et ce qui s’y oppose est rejeté.

Sources et références

Sources classiques certifiées

  1. Ach-Chatibi, Abou Ishaq Ibrahim Ibn Moussa. Al-’Itissam. Vérification : Salim Ibn ‘Id al-Hilali. Dar Ibn ‘Affan, Khobar, Arabie Saoudite, 1ère éd., 1412 H / 1992 M. 3 volumes.

  2. Al-Wancharisi, Ahmad Ibn Yahya. Al-Mi’yar al-Mou’rib wa l-Jami’ al-Moughrib ‘an fatawa ‘oulama’ Ifriqiyah wa l-Andalous wa l-Maghrib. Vérification : Mouhammad Hajji et un groupe de chercheurs, Ministère des Awqaf et des Affaires Islamiques du Maroc, Rabat, 1401 H / 1981 M. 13 volumes.

  3. Al-Qarafi, Chihabou d-Din Ahmad Ibn Idris. Al-Fourouq (Anwarou l-Bourouq fi Anwa’i l-Fourouq). Dar al-Koutoub al-‘Ilmiyyah, Beyrouth, 2002 M. 4 volumes.

  4. Ibn Al-Hajj Al-‘Abdari, Mouhammad Ibn Mouhammad. Al-Madkhal. Dar at-Tourath, Le Caire. 4 volumes.

  5. ‘Izzou d-Din Ibn ‘Abdi s-Salam, ‘Abdou l-‘Aziz Ibn ‘Abdi s-Salam as-Soulami. Qawa’id al-Ahkam fi Masalih al-Anam. Dar al-Koutoub al-‘Ilmiyyah, Beyrouth, 1ère éd., 1414 H. 2 volumes.

  6. Al-Maziri, Abou ‘Abdillah Mouhammad Ibn ‘Ali. Al-Mou’lim bi-fawa’id Mouslim. Vérification : Mouhammad Ach-Chadili an-Nayfar. Éditions Tunisiennes, Dar al-Gharb al-Islami, 1992 M. 3 volumes.

  7. Qadi ‘Iyad, Abou l-Fadl ‘Iyad Ibn Moussa al-Yahsoubi. Ach-Chifa bi-ta’rif houqouq al-Moustafaque ALLAH l’élève et le protège davantage. Dar al-Fikr, Beyrouth. 2 volumes.

  8. Ibn Waddah Al-Qourtoubi, Mouhammad Ibn Waddah. Al-Bida’ wa n-Nahyou ‘anha. Vérification : Mouhammad Ahmad Dahman. Dar al-Fikr, Damas, 1409 H.

  9. Ibn Mandhour, Mouhammad Ibn Moukarram. Lisan al-‘Arab. Dar Sader, Beyrouth, 3e éd., 1414 H. 15 volumes.

  10. Al-Fayyoumi, Ahmad Ibn Mouhammad. Al-Misbah al-Mounir fi Gharibi ch-Charhi l-Kabir. Al-Maktabah al-‘Ilmiyyah, Beyrouth.

Sources du Hadith

11. Al-Boukhari, Mouhammad Ibn Isma’il. Sahih Al-Boukhari. Vérification : Mouhammad Zouhayr an-Nasser. Dar Touq an-Najah, 1ère éd., 1422 H. 12. Mouslim Ibn Al-Hajjaj al-Qouchayri. Sahih Mouslim. Vérification : Mouhammad Fou’ad ‘Abdou l-Baqi. Dar Ihya’ at-Tourathi l-‘Arabi, Beyrouth. 13. Abou Dawoud, Soulayman Ibn al-Ach’ath. Sounan Abi Dawoud. Vérification : Mouhammad Mouhyi d-Din ‘Abdou l-Hamid. Al-Maktabah al-‘Asriyyah, Saïda-Beyrouth.                                                                                                                                                                                                                   14. At-Tirmidhi, Mouhammad Ibn ‘Issa. Al-Jami’ al-Kabir (Sounan At-Tirmidhi). Vérification : Bachchar ‘Awwad Ma’rouf. Dar al-Gharb al-Islami, Beyrouth, 1998 M.

Références contemporaines

15. Ibn ‘Achour, Mouhammad at-Tahir. Maqasid ach-Chari’ah al-Islamiyyah. Vérification : Mouhammad at-Tahir al-Maysawi. Dar an-Nafa’is, Jordanie, 2e éd., 1421 H.

16. Ar-Raysouni, Ahmad. Nazariyyatou l-Maqasid ‘inda l-Imam Ach-Chatibi. Institut International de la Pensée Islamique, Herndon, 1995 M.

17. Mouhammad Ibn ‘Abdi l-Karim al-Jaza’iri. Mawsou’atou l-Bid’ah (étude académique comparative). Dar as-Salam, Le Caire, 2009 M.

﴾وَمَا تَوْفِيقِي إِلَّا بِاللَّهِ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَإِلَيْهِ أُنِيبُ ﴿ [Sourat Houd, verset 88]