L'Enracinement de la Doctrine Ach'arite au Maroc
Histoire et Figures Majeures
Les savants du Maroc ont largement contribué à la diffusion de la doctrine ach'arite et à sa mise en valeur, bien avant qu’elle ne devienne la doctrine officielle sous l’État almohade.
L'Almoravide institutionnalise l'ach'arisme
La diffusion de l'ach'arisme s'est accélérée grâce aux positions favorables des savants marocains sous l’époque almoravide. La célèbre fatwa d’Ibn Rushd al-Jadd (Averroès l’Ancien) en est l'illustration parfaite : en reconnaissant l’équité de la doctrine ach'arite, il a grandement contribué à son acceptation dans les cercles de l’État almoravide.
C'est également à cette période qu'apparaît le premier texte doctrinal ach'arite marocain, attribué au juge Abou Bakr al-Muradi al-Hadrami (mort en 489 H). Né à Kairouan et ayant étudié en al-Andalus, ce "juge du désert" s’installa à Azougui (dans l’actuelle Mauritanie) sous les Almoravides, où il exposa les questions de croyance selon la méthode sunnite ach'arite.
Parallèlement, Abou Bakr Ibn al-‘Arabi al-Ma‘afiri (mort en 543 H) joua un rôle déterminant en introduisant au Maroc des œuvres majeures de la théologie ach'arite, telles que la ‘Aqida an-Nizamiya de l’imam al-Juwayni. La redécouverte récente de ses propres traités — dont al-Mutawassit fi al-I‘tiqad, al-Amad al-Aqsa fi Sharh Asma’ Allah al-Husna et Kitab al-Af‘al — témoigne de son impact sur le renforcement de cet héritage.
L’officialisation almohade de l’ach’arisme
L’officialisation de la doctrine ach'arite au Maroc remonte à Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Tumart (mort en 524 H). Ce savant malikite et théologien ach'arite, issu de la tribu berbère des Masmouda, avait parfait son parcours en Égypte et à Bagdad. Il rédigea la célèbre ‘Aqida al-Murshida, une œuvre majeure à forte orientation ach'arite qui restera étudiée à travers le monde musulman pendant plus de neuf siècles.
L'adhésion de l'élite almohade à cette doctrine est notamment célébrée par le vizir Abou Muhammad Ibn al-Malaqi dans son poème Anjum as-Siyasa :
« La doctrine ach'arite, quelle doctrine étonnante !
Et quel bonheur pour nous de l’avoir adoptée. »
Sous cette même impulsion, le théologien Abou ‘Uthman as-Salalji (mort en 574 H) s'illustra par sa ‘Aqida al-Burhaniyya.
Profondément influencé par l'ouvrage al-Irshad de l’imam al-Juwayni, il se rendit à Marrakech pour étudier ce texte auprès du cheikh Abou al-Hasan al-Lakhmi (Ibn al-Ishbili), devenant ainsi l'une des figures de proue de l'ach'arisme marocain.

Une Reconnaissance Universelle
Tant en Orient qu'en Occident musulman, la valeur de l’imam al-Ach‘ari et sa rigueur dans la préservation de la croyance des gens de la Sunna ont fait l'unanimité. Dans sa biographie de l'imam, le Cadi Ayyad, figure emblématique de l'école ach'arite, résume ainsi cette autorité :
« Les gens de l’Orient et de l’Occident s’appuient sur ses arguments et suivent sa voie. Plusieurs savants ont fait son éloge, ainsi que celui de sa doctrine. Il a écrit pour les gens de la Sunna, établi des preuves pour confirmer leurs croyances et réfuté les innovations, notamment concernant les attributs divins, la vision de Dieu, l’éternité de Sa parole, Sa puissance, ainsi que les réalités de l’au-delà comme le pont (as-sirat), la balance, l’intercession, le bassin et l’épreuve de la tombe. Il a apporté des preuves claires tirées du Coran, de la Sunna et de la raison, et réfuté les ambiguïtés des innovateurs. »
Comme le souligne l'historien al-Maqrizi, la doctrine ach'arite, après s'être déployée en Irak (vers 380 H), en Syrie puis en Égypte sous le sultan Salah ad-Din al-Ayyubi, a trouvé au Maroc un ancrage durable grâce à l'action conjointe des souverains et des cercles savants.
Aqida al-Murshida de Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Tumart
Sache — qu’Allah nous guide et te guide — qu’il est du devoir de toute personne responsable (mukallaf) de savoir qu’Allah, Puissant et Majestueux, est Unique dans Sa royauté. Il a créé l’univers tout entier, le haut comme le bas, le Trône (al-’Arch) et le Piédestal (al-Kursî), les cieux et la terre, ainsi que ce qu’ils contiennent et ce qui se trouve entre eux.
Toutes les créatures sont soumises à Sa puissance. Pas un atome ne se meut sans Sa permission. Il n’a point de cogérant dans la création, ni d'associé dans Son royaume. Il est le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même (al-Qayyûm), ni somnolence ni sommeil ne S’emparent de Lui. Il connaît le monde invisible et le monde visible, et rien ne Lui est caché sur la terre ni dans le ciel.
Il sait ce qui est sur la terre ferme et dans la mer. Pas une feuille ne tombe sans qu'Il ne le sache, et pas un grain dans les ténèbres de la terre, ni rien de vert ou de sec, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. Il englobe toute chose de Sa science et dénombre tout exactement.
Il fait absolument tout ce qu'Il veut, Il est Capable de tout ce qu’Il désire. À Lui la royauté, à Lui la louange, et Il est Omnipotent.
Il est Primordial (Qadîm) sans commencement, et Éternel (Bâqî) sans fin. Rien ne ressemble à quoi que ce soit de créé, et rien ne Lui ressemble. « Rien ne Lui est semblable ; et c'est Lui l'Audient, le Clairvoyant » (Coran, 42:11).
Aucun endroit ne Le contient, aucun temps ne s'écoule sur Lui. Les esprits ne peuvent Le concevoir par le comment (takyîf), et les imaginations ne peuvent Le représenter (tamthîl). Il existe avant la création, sans direction ni lieu, et Il est aujourd'hui tel qu'Il a toujours été.

