LA POSITION DES MALIKITES ACH`ARITES MAROCAINS SUR L'INNOVATION (BID`AH)

Étude historique et jurisprudentielle

L'innovation (bidah) et l’histoire de son traitement par les savants du Maroc — unis par la croyance acharite, l'école malikite et le soufisme authentique conforme à la Loi religieuse — constituent un chapitre d'une grande richesse en matière de réflexion sur les objectifs de la Loi (maqasid) et de préservation de la religion. Les Marocains n'ont pas considéré l'innovation comme un bloc monolithique ; ils l'ont soumise aux règles de l'école, de l'intérêt général (maslahah moursalah) et du blocage des voies menant au péché (saddou dh-dhara'i`), distinguant ainsi ce qui sert la religion et consolide ses piliers de ce qui détruit ses fondements et sème l'ignorance parmi le commun des gens.

Premièrement : La définition de l'innovation (Bid`ah) et ses catégories selon les Malikites du Maroc

Définition de l'innovation
Les catégories de l'innovation
Le courant de l'élargissement

  • Au sens linguistique : C'est une chose nouvelle qui est accomplie sans modèle antérieur.

  • Au sens terminologique : L'usage s'est stabilisé chez les savants vérificateurs du Maroc (influencés par l'Imam Ach-Chatibi dans ses deux ouvrages *Al-Itisam* et *Al-Mouwafaqat*) sur le fait que l'innovation est : **« Une voie inventée dans la religion, qui ressemble à la Voie religieuse, et par laquelle on vise, en la pratiquant, à outrer l'adoration envers Allah taala »**.

Les savants du Maroc se sont divisés en deux grands courants concernant la classification de l'innovation :

  • Le courant de la restriction (Ach-Chatibi et Ibn Loubb) : Il considère que toute innovation dans la religion est un égarement et qu'il n'existe pas de « bonne innovation » dans les actes d'adoration purs. L'innovation chez eux est soit foncière (sans aucun fondement) soit relative (elle a un fondement mais s'appuie sur une modalité non instituée).

 (Chihabou d-Din Al-Qarafi) : C'est l'approche sur laquelle s'est stabilisée la pratique jurisprudentielle dans les recueils de fatwas (nawazil) au Maroc (comme cela apparaît dans Al-Mi`yar Al-Moughrib de Al-Wancharici). L'innovation y est classée selon les fems de la charge religieuse :

  1. L'innovation obligatoire : Telle que la compilation du Mous-haf (le Livre du Coran), la fondation des sciences de la grammaire et de la science de l'Unicité (At-Tawhid) pour répliquer aux innovateurs et préserver les textes sacrés.

  2. L'innovation recommandée : Telle que la construction des écoles, l'accomplissement des prières de At-Tarawih en assemblée, et la commémoration de la naissance du Prophète (Al-Mawlid Ach-Charif) occupée par les prières et les éloges sur lui ﷺ.

  3. L'innovation autorisée (moubahi) : Telle que le fait de diversifier les aliments et les vêtements agréables, tant que cela est exempt d'excès et d'orgueil.

  4. L'innovation déconseillée (makrouh) : Telle que le fait de spécifier certains jours par des actes d'adoration particuliers sans preuve textuelle pour l'appuyer.

  5. L'innovation interdite (haram) : Telle que les impôts injustes et non institués (al-moukous), ainsi que les innovations de croyance et les déviances qui contredisent les textes de la religion et le cœur de la croyance ach`arite.

Le passage documenté de l'ouvrage « Al-Mi`yar Al-Moughrib » de l'Imam Al-Wancharici

L'innovation se divise en cinq catégories : obligatoire, interdite, recommandée, déconseillée et autorisée. La méthode pour cela consiste à exposer l'innovation aux règles de la Loi religieuse : si elle entre dans les règles de l'obligation, elle est obligatoire (comme la compilation du Coran et la grammaire) ; si elle entre dans les règles de l'interdiction, elle est interdite (comme les impôts injustes et l'élévation des ignorants) ; et si elle entre dans les règles du recommandé, elle est recommandée (comme l'établissement des écoles et la prière des Tarawih)... Ainsi, lorsque les faits nouveaux sont exposés à ces règles, on discerne leurs statuts.

Deuxièmement : Évolution du concept et des fatwas à travers les époques historiques du Maroc

L'époque des Idrissides (Fondation de l'entité islamique indépendante)

Cette période s'est distinguée par les débuts de la stabilité de l'école jurisprudentielle et par l'accent mis sur la lutte contre les Kharijites et les innovations du Mou`tazilisme et du Chiisme extrémiste qui tentaient d'infiltrer le Maroc.

  • `Issa ibn Dinar Al-Ghafiqi (d. 212 H) : Il a constitué le pilier de la jurisprudence malikite au début de l'ère idrisside et était très ferme dans le rejet de ce qui contredisait la tradition pratique des gens de Médine.

  • Abou l-Hasan `Ali ibn Mouhammad ibn Abi Zakariya Al-Faci : L'un des plus anciens juristes de Fès sous les Idrissides, il a écrit pour défendre les statuts de la jurisprudence contre les déviances apparues lors des troubles politiques.

L'époque Almoravide (Attachement aux textes et lutte contre la science du Kalam déviante)

Cette période a connu une grande rigueur jurisprudentielle pour protéger la pureté de la croyance, en utilisant l'école malikite avec fermeté pour rejeter les innovations naissantes.

  • Ibn Rouchd le Grand (le Grand-Père) (d. 520 H) : Le cadi de la communauté, auteur de Al-Bayan wa t-Tahsil. Il a fait face aux innovations de croyance et a émis des fatwas célèbres pour organiser la société selon la Sounnah.

  • Le Cadi Iyad de Ceuta (Al-Qadi Iyad Ach-Sabti) (d. 544 H) : L'auteur de l'ouvrage majeur Ach-Chifa. Il a défendu la croyance sunnite et a considéré les doctrines ésotériques (batinites) comme des innovations majeures.

L'époque Almohade (Épuration de la croyance et lutte contre les branches secondaires)

Les Almohades ont considéré le suivi aveugle des branches secondaires malikites sans retour aux textes comme une "innovation", et ont imposé la doctrine d'Ibn Toumart. Cependant, les savants vérificateurs ont préservé les fondements de l'école par la vérification et l'approche des objectifs de la Loi.

  • Abou l-Qasim ibn Houbaych (d. 584 H) : Parmi les grands mémorisateurs et juristes qui ont préservé les traditions prophétiques, il guidait les gens pour s'éloigner de l'extrémisme doctrinal.

  • Abou Bakr ibn al-Jadd (d. 586 H) : Grand juriste et traditionaliste, connu pour son attachement aux textes et sa lutte contre les innovations qui touchaient les adorations et les transactions.

L'époque Mérinide (L'ère des recueils de fatwas et de la codification)

C'est ici que la codification jurisprudentielle face aux innovations et aux cas d'espèce a atteint son apogée, se manifestant par l'observation des mouvements de la société et leur évaluation à la balance de la Loi religieuse.

  • Abou Sa`id ibn Loubb (d. 782 H) : Le cheikh de Ach-Chatibi, ses fatwas se distinguaient par leur fermeté contre les innovations sociales et pour le blocage des voies menant aux innovations dans les adorations.

  • Ahmad ibn Yahya Al-Wancharici (d. 914 H) : Auteur de la grande encyclopédie jurisprudentielle Al-Mi`yar Al-Moughrib, qui est le plus grand registre de la manière dont les Malikites ont traité les innovations dans les mosquées, les saisons et les transactions.

L'époque Wattaside (Phase de transition et d'instabilité)

Une époque caractérisée par la faiblesse politique, ce qui a favorisé l'apparition d'innovations sociales et politiques liées à l'imposition de charges financières et d'impôts injustes.

  • Ali ibn Issa Al-Alami (d. 914 H) : Auteur des *Nawazil Al-Alamiat, ses fatwas se concentraient sur la protection de la société contre les innovations apparues dans les transactions financières en raison de la faiblesse du pouvoir central.

  • Abou l-`Abbas Ahmad ibn Jalal (d. 917 H) : Moufti de Fès, qui s'est opposé aux innovations des gouvernants consistant à imposer des taxes injustes (al-moukous), les considérant comme des innovations blâmables qui contredisent la justice religieuse.

L'époque Saadienne (Institutionnalisation du Mawlid et encadrement du soufisme)

Cette époque a vu l'intégration du soufisme sunnite à l'école malikite. Les Saadiens ont instauré la commémoration officielle du Mawlid du Prophète comme une réponse culturelle face aux agressions extérieures, et les savants ont émis des fatwas déclarant cela permis en tant que bonne innovation recommandée.

  • Abdou l-Wahid ibn Achir (d. 1040 H) : Auteur du célèbre poème Al-Mourchid al-Mou`in, qui a ancré la balance du soufisme sunnite encadré par la Loi religieuse et a lutté contre les innovations de croyance.

  • Abou l-`Abbas Ahmad Al-Maqqari (d. 1041 H) : Auteur de Nafhou t-Tib, il dispose de clarifications jurisprudentielles solides pour distinguer entre les coutumes autorisées et les innovations blâmables.

L'époque Alaouite (Le renouveau sunnite et la lutte contre les superstitions)

Cette époque a connu un large mouvement de critique mené par les sultans et les savants contre les innovations des factions et les superstitions qui obscurcissaient l'esprit du commun des gens, appelant au retour à la source sunnite pure.

  • Abou `Abdi l-Lah Mouhammad At-Tawdi ibn Souda (d. 1209 H) : La référence de la fatwa à Fès, il s'est distingué par sa critique sévère des innovations dans la justice et sa réplique aux dérives des ignorants.

  • Ahmad ibn Khalid An-Naciri (d. 1315 H) : Le grand historien du Maroc et auteur de l'ouvrage Al-Istiqsa li-Akhbari Douwali l-Maghribi l-Aqsa, dans lequel il dénonce explicitement, lors de l'exposé des événements, les actes blâmables et les innovations sociales et politiques.

Troisièmement : Le Mawlid du Prophète et la science du Kalam à la balance des savants du Maroc

L'avis sur le Mawlid du Prophète Ach-Charif

La pratique s'est stabilisée chez les Malikites du Maroc sur la recommandation de la commémoration du Mawlid du Prophète, la considérant comme une innovation recommandée, en raison de ce qu'elle comporte comme manifestation de joie, de distribution de nourriture et de lecture de sa biographie bénie.

Procession nocturne des cierges lors de la fête de la dévotion Al Mawlid à Salé au Maroc, musiciens en habits traditionnels.

Parole Ibn Abbad Ar-Rondi dans Al-Miyar Al-Moughrib :

« Ce qui apparaît, c'est que c'est une fête parmi les fêtes des musulmans, et une occasion parmi leurs occasions. Tout ce qui y est fait comme allumage de flambeaux, réjouissance des yeux et des oreilles, élégance des vêtements... tant que cela est exempt de charges injustes et d'actes blâmables, est une chose dans laquelle il n'y a pas de mal, c'est même recommandé et incité ; en raison de ce qu'il y a en cela comme manifestation de joie et de bonheur pour sa noble naissance, que les bénédictions d'Allah et Sa paix soient sur lui. »

Rassemblement festif et cortège traditionnel pour la fête du Mawlid Nabaoui à Azilal au Maroc

Parole de l'Imam Ahmad ibn Khalid An-Naciri dans Al-Istiqsa :

« Les rois parmi les Bani Marine, les Saadiens, et après eux les maîtres Alaouites, glorifiaient cette nuit bénie... Et c'est une chose que les savants du Maroc ont accueillie avec acceptation et approbation, en raison de ce qu'elle contient pour lier les jeunes générations à l'amour de l'immense personne du Prophète. »

L'avis sur la science du Kalam (qui n'est pas entièrement blâmable)

Les Marocains sont des Acharites attachés aux fondements, et la distinction chez eux concernant la science du Kalam dépend de son objectif. Le Kalam qui a été blâmé par les Salaf est le discours des gens des passions (comme les Moutazilites et les assimilationnistes/anthropomorphes). Quant à la science du Kalam sunnite (ach`arite) qui réplique aux ambiguïtés et établit les croyances par les preuves rationnelles et textuelles, elle fait partie chez eux des obligations les plus importantes et entre dans "l'innovation obligatoire" pour la sauvegarde de la religion.

Extrait du poème de l'Imam Ibn `Achir

Sur la croyance d'Al-Ach`ari, la jurisprudence de Malik / Et sur la voie de Al-Jounayd le voyageur Il fait de la connaissance d'Allah par les preuves rationnelles (qui est le cœur de la science du Kalam salvatrice) le premier devoir : Le premier devoir pour celui qui est responsable / Est la connaissance d'Allah par une saine déduction

Parole de l'Imam Ibn Rouchd le Grand

« La science du Kalam qui est blâmée est le fait de s'enfoncer dans les équivoques et la polémique par le faux... Quant à l'explication des preuves de l'Unicité, la réplique aux ambiguïtés des innovateurs et des athées, et l'établissement des attributs du Créateur d'une manière conforme à la raison et aux textes, cela fait partie des sciences les plus nobles et les plus élevées en degré, et cela relève des obligations d'ordre communautaire (fard kifayah) ».

Parole de  Cadi `Iyad  dans Tartib Al-Madarik

« Nos imams n'ont cessé de parler des fondements de la religion et de répliquer aux gens des passions... Quant au discours des gens de la Sounnah qui soutiennent la vérité, il est le remède des cœurs et la preuve d'Allah sur Sa terre ».

Quatrièmement : Détail de la critique par An-Naciri des innovations de l'extrémisme et de l'ignorance dans « Al-Istiqsa » (Pages 198-202)

Dans un complément important inséré par l'Imam Ahmad ibn Khalid An-Naciri dans son ouvrage « Al-Istiqsa », il a recensé avec une grande conscience jurisprudentielle les déviances du commun des gens qui ont innové dans la religion ce qui n'en fait pas partie. Les actes blâmables de cette innovation sectaire se structurent désormais en cinq points majeurs :

  1. La croyance que des créatures profitent ou nuisent par elles-mêmes : L'ignorance du commun des gens a engendré un extrémisme blâmable envers les contemporains qu'ils prenaient pour maîtres. Ils en sont venus à les appeler au secours dans leurs difficultés avec une insouciance totale envers le Créateur. La communauté s'est ainsi divisée en sectes et partis égarés, chaque groupe se montrant fanatique pour son chef, au lieu de s'attacher fermement à la religion d'Allah.
Quand le doute s'installe, la peur des autres devient un refuge. Ce visuel illustre le paradoxe de l'exclusion où la méfiance envers d'autres musulmans trahit souvent un manque de certitude et d'assurance dans ses propres pensées.

2. L'enfermement sectaire et l'inversion blasphématoire des valeurs dogmatiques : Ce comportement dérive directement vers une structure typiquement sectaire, où les adeptes s'enferment dans un isolationnisme intellectuel absolu. Ils refusent catégoriquement d'apprendre la science d'une autre source que leur propre cheikh, le considérant comme le détenteur unique et exclusif de la vérité absolue. Poussant l'égarement à son paroxysme, ils prétendent que leur cheikh rencontre le Prophète Mouhammad à l'état d'éveil ainsi que notre maître Al-Khadir. Par cette audace, ils attribuent à leur cheikh une infaillibilité totale, prétendant qu'il ne commet jamais d'erreur, pas même un acte déconseillé (makrouh). Parallèlement, dans une inversion flagrante des valeurs, ils osent prétendre que les Prophètes commettraient des péchés de manière volontaire, rabaissant ainsi le statut des Envoyés pour élever celui de leur guide. Cet enfermement se double d'une méfiance systématique envers le reste de la communauté : dès qu'une personne n'est pas issue de leurs rangs, ils la rejettent en disant : « Il n'apprend pas avec nous, nous ne connaissons pas sa croyance ». Or, les règles fondamentales de l'Islam stipulent qu'on ne doit pas douter de l'Islam d'un musulman sans preuve légale flagrante. Par cette méthode d'exclusion systématique, ces adeptes finissent par considérer qu'ils sont, à eux seuls, les uniques musulmans sur terre, coupant les ponts avec l'ensemble de la Oumma.

Rassemblement de femmes et d'hommes participant à une danse rituelle de la Hadra devant un édifice traditionnel en pierre.

3. L'innovation de la « Hadrah »

 et les inventions dans l'adoration : Ils ont inventé des rassemblements à des moments et dans des lieux spécifiques qu'ils ont nommés « Hadrah », qu'ils ont remplis de tambours, de flûtes, de danses et de calomnies, délaissant les obligations de la religion comme la prière, enveloppés d'une ignorance crasse et d'une incompréhension des statuts et de la langue.

Un homme en djellaba marron attache un mouton et deux chèvres à un poteau en bois devant un mausolée blanc à dôme vert lors d'une cérémonie traditionnelle.

4. L'imitation des rites du Pèlerinage

 et la mixité interdite : Les ignorants ont entrepris de construire des mausolées pour les chefs de file en imitant la sainte Ka`bah en la recouvrant d'un drap, et ont décrété autour d'eux un espace sacré comme le sanctuaire de La Mecque où le criminel se trouverait en sécurité. Ils y conduisaient les bêtes à sacrifier et les offrandes à la manière des offrandes du Pèlerinage, et se réunissaient lors de rassemblements annuels où les femmes se mêlaient aux hommes dans l'exhibition et l'indécence, ressemblant aux mœurs de la première Jāhiliyyah (période d'ignorance pré-islamique).

Rassemblement de fidèles en habit traditionnel autour du mausolée d'un saint homme dans un mausolée traditionnel.

5. L'association (chirk) verbale

et l'invention de rites : Ils commettent de grands péchés et des innovations blâmables dans leurs paroles en jurant par le nom du cheikh aux côtés de celui d'Allah, à l'image de leur expression : "Par le droit d'Allah et le droit de sidi untel". Ils sont allés jusqu'à inventer ce qu'ils nomment "le pèlerinage du pauvre", en organisant un rassemblement annuel le jour de Arafah autour du mausolée du cheikh Abdou s-Salam ibn Machich.

Un emblème circulaire illustrant un rappel spirituel. Au premier plan, un homme barbu en tenue traditionnelle est assis en pleine dévotion, un chapelet entre les mains. À l'arrière-plan, un personnage en habit doré se tient debout devant une foule près d'une mosquée avec son minaret. Une chaîne relie symboliquement les deux scènes. La bordure supérieure de l'emblème porte une inscription en arabe, tandis que la bordure inférieure indique en français : "GARDEZ-VOUS DE L'OSTENTATION, CAR C'EST EN VÉRITÉ L'ASSOCIATION MINEURE".

Conclusion : An-Naciri a réaffirmé l'innocence des maîtres du soufisme authentique face à cette absurdité sectaire, démontrant que ces innovations ne sont que les dérives d'ignorants qui n'ont pas frappé aux bonnes portes.

Analyse du livre "Al-Istiqsa" (Pages 198-202)

Cinquièmement : Les actes blâmables et les innovations de l'époque moderne (L'ignorance de la langue et l'audace à émettre des fatwas)

Dans le prolongement de cette pensée déviante et de ces innovations égarantes que les savants du Maroc ont combattues à travers les âges, sont apparues à notre époque des innovations contemporaines qui ne sont pas moins dangereuses ni moins égarantes. Elles sont même devenues la source de l'extrémisme religieux, et se résument en deux manifestations destructrices :

L'innovation de l'audace à émettre des fatwas par des ignorants non qualifiés linguistiquement et religieusement

L'un des plus laids péchés de l'époque est le fait que des groupes de gens s'érigent en mouftis, ayant l'audace de lancer des jugements de valeur tels que « ceci est haram et ceci est halal » sans la moindre trace de science.

  • L'ignorance de l'outil de compréhension (la langue arabe) : Ces nouveaux venus ne donnent aucun poids à la langue des Arabes, et ne comprennent rien aux règles de la grammaire, de la conjugaison, de la rhétorique, ni aux fondements de la jurisprudence (Ousoul al-Fiqh). Le Coran et la Sounnah ont été transmis par révélation en langue arabe claire; celui qui ignore la langue se trouve dans l'impossibilité de comprendre le discours sacré, et par conséquent, il conjecture sur les jugements d'Allah et avance à l'aveugle.

  • Le résultat catastrophique (l'effusion de sang) : Cette audace résultant d'une ignorance doublée a conduit à la naissance de la pensée kharijite extrémiste. Ces ignorants se sont mis à interpréter les textes selon leurs passions, à déclarer mécréants les musulmans, jusqu'à rendre licite le sang des innocents et tuer des personnes qu'Allah a interdit de tuer sans droit, au nom de la religion, alors que la religion est innocente d'eux et de leur ignorance. L'ignorance de la langue et des règles d'extraction des jugements est une innovation intellectuelle et pratique qui a mené à la destruction générale et à la violation des cinq nécessités préservées par la Loi religieuse (au premier rang desquelles la préservation de la vie et la préservation de la raison).

L'innovation des « Coranistes » et le rejet de la transmission prophétique (Contradiction cognitive et méthodologique)

De même, il est apparu une faction qui prétend mensongèrement se suffire du Coran honoré, rejetant la Sounnah prophétique dans sa totalité sous prétexte de dire : « Nous ne faisons pas confiance aux transmissions des traditionalistes (les gens du Hadith) ».

  • L'inconsistance de la méthode et la contradiction flagrante : Il a échappé à la raison de ces innovateurs une vérité scientifique et historique absolue : le Coran honoré et la Sounnah prophétique nous sont parvenus à travers une seule et même voie de transmission. En effet, les hommes et les traditionalistes qui nous ont transmis le Hadith honoré par des chaînes de transmission ininterrompues, et qui ont rapporté les traditions, sont les mêmes récitateurs, traditionalistes et savants qui nous ont transmis le Mous-haf honoré, lettre par lettre, et lecture après lecture, par la voie du Moutawatir (la transmission de masse à masse qui exclut toute possibilité de falsification) qui est totalement préservée.
  • La chute de leur ambiguïté : Comment ces innovateurs peuvent-ils accorder leur confiance aux traditionalistes et aux rapporteurs lorsque ceux-ci leur ont transmis les lettres du Coran et sa graphie, puis les accuser d'invention, de mensonge ou de manque de rigueur lorsqu'ils transmettent les Hadiths prophétiques qui expliquent et détaillent ce même Coran ? Cette distinction est une pure dérive rationnelle et une innovation idéologique laide qui détruit l'Islam à sa racine ; car il est impossible de comprendre le Coran, d'accomplir la prière, de s'acquitter de la Zakat et de connaître le détail des statuts juridiques sans l'explication de la Sounnah purifiée, qui est la seconde révélation.
Un emblème circulaire illustrant un rappel spirituel. Au premier plan, un homme barbu en tenue traditionnelle est assis en pleine dévotion, un chapelet entre les mains. À l'arrière-plan, un personnage en habit doré se tient debout devant une foule près d'une mosquée avec son minaret. Une chaîne relie symboliquement les deux scènes. La bordure supérieure de l'emblème porte une inscription en arabe, tandis que la bordure inférieure indique en français : "GARDEZ-VOUS DE L'OSTENTATION, CAR C'EST EN VÉRITÉ L'ASSOCIATION MINEURE".

CONCLUSION :

La théorie de l'innovation chez les Malikites Acharites au Maroc à travers les âges a toujours été un « rempart solide » protégeant la pratique religieuse contre deux déviances : **la déviance de l'extrémisme de certaines confréries** qui finit dans l'ignorance, la superstition et l'imitation des idoles (comme l'ont combattue An-Naciri et Al-Wancharici), et **la déviance de l'ignorance de la langue et de l'audace face à la religion** qui finit dans l'intimidation idéologique, l'excommunication (takfir), l'effusion de sang ou le rejet de la Sounnah.. L'attachement à la langue arabe, à la croyance des Acharites, à la jurisprudence de Malik et aux objectifs de la Loi est la seule voie pour combattre les innovations et l'extrémisme religieux en tout temps et en tout lieu.