La Dynastie Wattasside au Maghreb Al-Aqsa
La dynastie Wattasside est considérée comme l’une des lignées gouvernantes importantes dans l’histoire du Maghreb Al-Aqsa (le Maroc actuel). Elle s’est établie sur les ruines de l’État mérinide effondré et a hérité de sa capitale, Fès. Sa période de gouvernance s’est étendue sur environ quatre-vingt-six années de l’hégire, de l’an 875 H à l’an 961 H, et s’est distinguée par son caractère transitoire entre l’ère des Mérinides et l’ascension de la dynastie Saadienne.
Les historiens marocains ont accordé une attention particulière à l’histoire de cet État ; Ahmad Ibn Khalid An-Naciri l’a traitée de manière détaillée dans son ouvrage Al-Istiqsa li-Akhbar Douwal Al-Maghrib Al-Aqsa, tout comme Ibn Khaldoun qui a mentionné ses origines dans le Kitab Al-‘Ibar lorsqu’il a évoqué les tribus zénètes et leurs branches. Le Rawd Al-Qirtas d’Ibn Abi Zar’ et le livre Ad-Dakhira As-Saniyya figurent également parmi les sources complémentaires importantes pour cette époque.
II. Émergence et Origines
A. L’origine zénète
Les Wattassides descendent des tribus amazighes zénètes, l’un des plus grands groupements tribaux qu’Ibn Khaldoun a décrit en détail dans sa Mouqaddima (Introduction) et dans le Kitab Al-‘Ibar, en précisant qu’elles s’étaient établies dans les régions septentrionales du Maghreb et les zones bordant le Sahara. Les Wattassides constituent une branche de cette grande tribu, et leurs fractions ont côtoyé les Mérinides, qui sont eux-mêmes issus de cette même origine zénète.
B. Le lien avec les Mérinides
An-Naciri détaille dans Al-Istiqsa comment les Wattassides figuraient parmi les plus grandes familles loyales aux sultans mérinides. Beaucoup d’entre eux ont assumé les fonctions de chambellan (Hajaba) et de ministre (Wizara), ce qui s’apparente au poste de Premier ministre à notre époque. Cette position leur a permis de s’informer sur la gestion des affaires de l’État et d’acquérir une expertise politique et administrative.
C. Le massacre des Wattassides et ses conséquences
An-Naciri mentionne dans Al-Istiqsa que le sultan mérinide ‘Abd Al-Haqq II (le dernier des rois mérinides) a perpétré un vaste massacre dans les rangs des Wattassides, craignant pour son pouvoir face à leur influence grandissante. Seuls quelques-uns y ont survécu, à leur tête Mouhammad Ach-Chaykh Al-Mahdi, qui s’est réfugié à Assilah. Ce massacre est devenu le moteur principal de la soif de justice des Wattassides et de leur prise de pouvoir lorsque les circonstances le leur ont permis.
Les sources indiquent que la révolte des habitants de Fès contre ‘Abd Al-Haqq le Mérinide en l’an 869 H a contribué à son assassinat. Cela fut le résultat de l’accumulation d’un mécontentement populaire à l’égard de son règne. Les Wattassides ont ainsi profité de ce vide politique, et Mouhammad Ach-Chaykh Al-Mahdi est entré à Fès en 875 H / 1471 ap. J.-C. pour proclamer l’instauration de son État.
III. Les Sultans de La dynastie Wattasside
An-Naciri établit dans Al-Istiqsa l’ordre chronologique suivant pour les sultans de la dynastie wattasside, tout en précisant que certaines dates sont approximatives en raison du chevauchement des mandats et des luttes pour le pouvoir :
| Le Sultan | Date de l’Hégire | Date Grégorienne | Remarques |
| Mouhammad Ach-Chaykh Al-Mahdi Abou ‘Abdillah | 875 – 910 H | 1471 – 1504 | Fondateur effectif de l’État, il est entré à Fès après une révolte contre le dernier Mérinide. |
| Mouhammad Al-Bourtoughali Abou ‘Abdillah | 910 – 932 H | 1504 – 1526 | Connu sous ce surnom en raison de ses relations avec les Portugais dans le cadre d’un traité. A fait face à la pression des Saadiens au sud. |
| Abou Al-‘Abbas Ahmad Al-Wattassi | 932 – 951 H | 1526 – 1545 | A fait face à l’expansion croissante des Saadiens et a conclu des accords avec eux. |
| ‘Ali Abou Hassoun (Premier mandat) | 951 – 954 H | 1545 – 1547 | A gouverné pour une courte période, en conflit avec les Saadiens. |
| Nacirou d-Din Al-Qasri Mouhammad Ibn Ahmad | 954 H | 1547 | Règne court et instable. |
| Abou Hassoun (Second mandat) | 954 – 961 H | 1547 – 1554 | A fait appel aux Ottomans pour reprendre Fès ; tué par les Saadiens. |
A. Mouhammad Ach-Chaykh Al-Mahdi (875-910 H / 1471-1504 ap. J.-C.)
Il est le fondateur effectif de la dynastie wattasside. Il est entré à Fès après l’effondrement des Mérinides et est parvenu à imposer son autorité sur les régions septentrionales, bien que son influence soit restée limitée dans le sud. Il a tenté de consolider les fondements du pouvoir et d’organiser l’administration en prenant Fès pour capitale, et s’est maintenu dans ses fonctions jusqu’à son décès en l’an 910 H.
B. Mouhammad Al-Bourtoughali (910-932 H / 1504-1526 ap. J.-C.)
An-Naciri souligne que ce sultan fut célèbre sous le surnom de « Al-Bourtoughali » (le Portugais) en référence à ses contacts ou accords avec les Portugais dans le cadre des équilibres régionaux, ce qui a suscité les critiques des savants et des juristes. Son règne a connu les débuts de l’ascension saadienne au sud, constituant une menace grandissante pour l’État wattasside. Ce sultan est souvent omis dans de nombreuses études contemporaines, bien que son mandat ait duré vingt-deux ans.
C. Abou Al-‘Abbas Ahmad Al-Wattassi (932-951 H / 1526-1545 ap. J.-C.)
Son règne s’est distingué par l’intensification de la pression saadienne. Il a conclu des accords avec eux pour éviter une confrontation directe. Il a également affronté, durant son règne, les défis posés par la présence portugaise sur la côte atlantique. An-Naciri rapporte que les savants sont parfois intervenus pour mener une médiation de réconciliation entre les Wattassides et les Saadiens.
D. Abou Hassoun et la fin de l’État
Abou Hassoun fut le dernier à prendre le pouvoir au nom des Wattassides. Son second mandat (954-961 H) s’est caractérisé par la sollicitation de l’aide des Ottomans pour résister aux Saadiens. Cependant, cette alliance ne lui fut d’aucune utilité, puisqu’il fut tué par les Saadiens sous le commandement de Mouhammad Ach-Chaykh As-Sa’di, qui est entré à Fès en 961 H / 1554 ap. J.-C., mettant ainsi un terme à l’ère wattasside.
IV. Les Savants de La dynastie Wattasside — Étude documentée
L’époque wattasside (875-961 H) a vu l’émergence d’un grand nombre de personnalités éminentes dans les domaines de la science, de la jurisprudence (Fiqh) et de la spiritualité (Tasawwouf), bien que les conditions politiques instables aient parfois affecté leur activité scientifique. Voici une présentation de ces figures documentées, accompagnée des sources de leur biographie :
A. Dans le domaine de la Jurisprudence (Fiqh) et de la Fatwa
Ahmad Ibn Yahya Al-Wancharissi (m. 914 H / 1508 ap. J.-C.)
Abou Al-‘Abbas Ahmad Ibn Yahya Al-Wancharissi, grand juriste malikite né à Tlemcen, s’est installé à Fès où il a résidé et est décédé. Il est considéré comme l’un des juristes les plus éminents de son époque, sans exception. Il a laissé un immense patrimoine scientifique, avec en tête sa grande encyclopédie juridique.
Principaux ouvrages : Al-Mi’yar Al-Mou’rib wal-Jami’ Al-Moughrib ‘an Fatawa ‘Oulama Ifriqiya wal-Andalous wal-Maghrib, l’une des plus colossales encyclopédies de jurisprudence malikite (douze volumes rassemblant des milliers de fatwas de savants du Maghreb et d’Andalousie). Il est également l’auteur de Idah Al-Masalik ila Qawa’id Al-Imam Malik et de Al-Minhaj Al-Fa’iq wal-Manhal Ar-Ra’iq wal-Ma’na Al-La’iq dans la science des actes notariés.
Al-Wancharissi s’est appuyé sur un vaste réseau de correspondances avec les juristes de son époque au Maghreb, en Andalousie, en Tunisie et en Algérie, faisant d’Al-Mi’yar une référence indispensable pour l’étude de la société maghrébine à cette période.
Mouhammad Ibn Ghazi Al-‘Othmani Al-Miknassi (841-919 H / 1437-1513 ap. J.-C.)
Abou ‘Abdillah Mouhammad Ibn Ahmad Ibn Ghazi Al-‘Othmani Al-Miknassi, juriste, spécialiste du Hadith, grammairien et homme de lettres. Il est né à Meknès et est décédé à Fès. Il a enseigné à la mosquée-université Al-Qarawiyyin sur la célèbre « Chaire d’Ibn Ghazi » de manière ininterrompue pendant près de vingt-huit ans. Toute une génération de savants a été formée par lui.
Principaux ouvrages : Al-Maqsad Al-Ahmad fi at-Ta’rif bi-Sayyidina Ibn Ahmad dans la science du Hadith, Raf’ An-Niqab ‘an Tanzil Al-Kitab en exégèse (Tafsir), ainsi qu’une explication de l’Alfiyya d’Ibn Malik en grammaire et des épîtres en jurisprudence malikite.
Il s’est illustré en incitant les étudiants à l’effort de résistance et de défense contre l’expansion portugaise sur les côtes marocaines, ce qui lui a valu une grande popularité.
Abou ‘Abdillah Mouhammad Al-Karrassi At-Titwani
Juriste malikite qui a assumé la fonction de juge à Tétouan à l’époque wattasside, et qui a reçu son savoir à Al-Qarawiyyin. Il fut célèbre pour ses fatwas sur les questions de statut personnel et les affaires concernant les Andalous affluant au Maghreb. Il constituait une référence pour la communauté andalouse de Tétouan qui a prospéré durant ce règne.
Abou ‘Abdillah Mouhammad Al-Habti (m. 963 H / 1556 ap. J.-C.)
Récitateur et juriste, réputé pour sa codification et sa vérification rigoureuse des arrêts (Wouqouf) lors de la lecture du Saint Coran. Il a achevé son œuvre à la fin de l’ère wattasside et au début de l’ère saadienne. Il est l’auteur de la célèbre poésie didactique sur les arrêts (Manthoumat Al-Waqf), sur laquelle de nombreux récitateurs du Maghreb s’appuient encore aujourd’hui. Il est né à Habta (région du nord du Maroc) et a enseigné à Fès.
B. Dans le domaine du Soufisme et de la Spiritualité
Mouhammad Ibn Soulayman Al-Jazouli (m. 869 H / 1465 ap. J.-C.)
Abou ‘Abdillah Mouhammad Ibn Soulayman Al-Jazouli Ach-Charif Al-Hassani, auteur de Dala’il Al-Khayrat wa Chawariq Al-Anwar fi As-Salat ‘ala An-Nabiyy Al-Moukhtar, le livre le plus célèbre dans le monde islamique jusqu’à ce jour concernant les invocations de prière sur le Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم (que Dieu l’honore et l’élève davantage en degrés et qu’Il préserve sa communauté de ce que le Prophète craint pour elle). Il est né dans le Souss, a étudié à Fès et s’est installé à Chefchaouen. Il a été assassiné en l’an 869 H, soit juste avant l’avènement direct de l’État wattasside. Toutefois, son influence spirituelle s’est perpétuée tout au long de l’ère wattasside, et sa voie (Tariqa) a connu une très vaste diffusion. Les Wattassides traitaient parfois cette voie avec précaution en raison de l’influence populaire qu’elle avait acquise. Sa biographie se trouve dans Al-Istiqsa d’An-Naciri et Al-I’lam d’Al-Marrakouchi.
‘Abdullah Al-Ghazwani (m. 935 H / 1529 ap. J.-C.)
Abou Mouhammad ‘Abdullah Ibn Ahmad Al-Ghazwani, célèbre sous le nom de « Moulay At-Tayyib », compte parmi les grands pôles de la spiritualité marocaine sous l’ère wattasside. Il appartient à la chaîne de transmission jazoulite et est considéré comme l’un des successeurs spirituels du Cheikh Al-Jazouli. Il a résidé à Marrakech où il a édifié sa Zaouïa, devenant une référence spirituelle pour le commun des gens. Il s’est distingué par son opposition à la présence portugaise et son appel à l’effort de résistance pour la défense des terres. Sa biographie figure dans Al-Istiqsa d’An-Naciri et Al-Mir’at Al-Mou’riba (auteur anonyme).
Mouhammad Ibn ‘Issa Al-Miknassi (m. 933 H / 1527 ap. J.-C.)
Fondateur de la célèbre voie ‘Aïssawiyya. Il est né et décédé à Meknès. Il a étudié la jurisprudence et le soufisme à Fès, et fut célèbre pour ses prodiges (Karamat) et son rang spirituel tant auprès de la masse qu’auprès de l’élite. Sa voie est toujours présente aujourd’hui au Maroc et dans les pays du Maghreb. An-Naciri l’a mentionné dans Al-Istiqsa, tout comme l’auteur d’Al-Isti’ab.
C. Dans le domaine de la Littérature, de la Langue et de la Géographie
Al-Hassan Ibn Mouhammad Al-Wazzan (883-957 H / 1488-1550 ap. J.-C. environ)
Connu en Occident sous le nom de « Léon l’Africain ». Il est né à Grenade et a grandi à Fès, où il a étudié à Al-Qarawiyyin. Ce fut un diplomate et un explorateur qui a parcouru les contrées d’Afrique et d’Orient. Attiré par le Pape Léon X, il a feint d’embrasser le christianisme et a écrit ses livres majeurs en italien. Son célèbre ouvrage Description de l’Afrique (Descrittione dell’Africa) est considéré comme une source géographique et ethnographique de premier ordre sur le Maghreb et les pays du Soudan sous le règne wattasside. Quant à l’attribution du poème ‘Arousat Al-Masa’il à son nom, cela nécessite une vérification plus approfondie à partir des sources manuscrites et ne peut être affirmé de manière catégorique en se basant uniquement sur les sources imprimées disponibles.
‘Abd Al-‘Aziz Ibn ‘Abd Al-Wahid Al-Lamti
Grammairien et homme de lettres, réputé pour avoir composé une poésie de mille vers (Alfiyya) sur la grammaire arabe, à l’instar de l’Alfiyya d’Ibn Malik. Il comptait parmi les enseignants à Fès à l’époque wattasside. Sa biographie figure dans certains index des savants d’Al-Qarawiyyin.
D. Dans les Sciences du Coran, du Hadith et de l’Exégèse
Abou ‘Abdillah Mouhammad As-Saghir Al-Ifrani (et les traditionnistes de son temps)
Durant l’ère wattasside, les assemblées dédiées au Hadith à l’Université Al-Qarawiyyin étaient renommées. Les savants se transmettaient les chaînes de narration des Six Livres et du Sahih d’Al-Boukhari, constituant une composante essentielle de la vie scientifique à Fès. Cette époque s’est également démarquée par un intérêt particulier pour les sciences des arrêts et reprises de lecture dans le Saint Coran, tel que manifesté dans l’œuvre d’Al-Habti susmentionnée.
E. Dans le domaine de la Médecine et des Sciences Expérimentales
Les ouvrages des médecins de cette époque au Maghreb nécessitent encore un travail d’investigation et d’édition à partir des manuscrits. Néanmoins, les sources indiquent que l’enseignement de la médecine, des mathématiques et de l’astronomie s’est poursuivi à Al-Qarawiyyin, s’inscrivant dans le cadre du curriculum scientifique hérité de la période mérinide.
V. La Vie Scientifique et les Institutions
La mosquée Al-Qarawiyyin comme centre de rayonnement
Al-Qarawiyyin à Fès a continué d’être la première institution scientifique au Maghreb tout au long de la période wattasside. Ses assises scientifiques ne se sont jamais interrompues malgré les fluctuations politiques. Cette ère a été marquée par une activité d’enseignement notable en jurisprudence malikite, en sciences du Coran, en exégèse et en grammaire, comme le souligne An-Naciri dans Al-Istiqsa.
Les Zaouïas et la spiritualité
Les Zaouïas ont connu une prospérité remarquable durant cette période, assumant un rôle social et éducatif important aux côtés de leur mission spirituelle. Les voies (Jazouliyya, ‘Aïssawiyya et autres) ont ajouté une dimension populaire à la vie religieuse, dépassant la jurisprudence académique pour s’étendre à l’éducation spirituelle des gens du commun. Cette vaste influence a suscité les réserves de certains juristes, entraînant un débat scientifique qui s’est prolongé sous l’ère saadienne.
Le rôle des savants d’Andalousie
Le Maghreb wattasside a attiré des vagues successives de savants, d’hommes de lettres et d’artisans andalous, en particulier après la chute de Grenade en 1492 ap. J.-C. Ces derniers ont contribué de manière significative à la vie scientifique et urbaine marocaine, notamment à Tétouan, Fès et Tlemcen. Al-Wancharissi lui-même, issu d’une origine tlemcénienne, représente le modèle parfait de cette interaction civilisationnelle.
VI. Les Défis et les Véritables Causes de la Chute
A. L’absence de légitimité chérifienne
An-Naciri attire l’attention dans Al-Istiqsa sur un point fondamental : les Wattassides ne faisaient pas partie de la lignée noble des descendants (Achraf) du Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم (que Dieu l’honore et l’élève davantage en degrés et qu’Il préserve sa communauté de ce que le Prophète craint pour elle), contrairement aux Saadiens qui ont brillamment exploité cette dimension religieuse sur le plan politique. Ils s’en sont servis pour mobiliser le soutien populaire sous l’étendard de la défense de la religion et de la renaissance de la grandeur islamique. Ce facteur a affaibli la légitimité des Wattassides face à un public qui considérait la noble lignée prophétique comme un pilier essentiel du pouvoir.
B. L’expansion portugaise sur les côtes
Les Portugais ont occupé Assilah, Tanger et plusieurs ports atlantiques, ce qui a lourdement perturbé l’économie marocaine reposant sur le commerce maritime via ces ports. L’incapacité des Wattassides à reconquérir ces villes a fragilisé leur position auprès du peuple face aux Saadiens, qui se sont présentés comme des défenseurs opiniâtres face à l’invasion européenne.
C. La faiblesse structurelle et la désintégration
An-Naciri explique que les Wattassides n’ont jamais réussi à imposer leur contrôle effectif sur l’ensemble du territoire marocain. Le sud a échappé à leur autorité réelle durant la majeure partie de leur règne. Ils ont parfois dû substituer le pouvoir militaire par des compromis politiques, ce qui a sapé leur prestige et encouragé leurs rivaux à la rébellion.
D. Le conflit saadien et la bataille décisive
Les tensions entre Wattassides et Saadiens se sont intensifiées progressivement à partir des années 1520, pour aboutir à la victoire des Saadiens et à la prise de Fès en 961 H / 1554 ap. J.-C. Les sources ne prouvent pas de manière catégorique que la bataille décisive a eu lieu précisément à Tadla ; il est plus probable que la victoire saadienne fut l’aboutissement de plusieurs batailles successives qui se sont soldées par la conquête de la capitale, Fès.
VII. Le Patrimoine Civilisationnel
La reconstruction de la ville de Tétouan en collaboration avec les arrivants andalous, devenant ainsi un refuge pour les exilés d’Andalousie.
La rénovation du pont Ar-Rsif à Fès, qui figure parmi les vestiges architecturaux wattassides encore présents.
Le maintien de l’activité d’Al-Qarawiyyin en tant que foyer scientifique tout au long de cette époque, en dépit des troubles.
La continuité de la frappe de la monnaie et la préservation des institutions de l’État central dans ses limites géographiques.
L’accueil des exilés andalous et leur intégration dans le tissu social marocain, ce qui a considérablement enrichi la culture marocaine par des apports andalous.
VIII. Conclusion
L’État wattasside représente une phase de transition délicate dans l’histoire du Maghreb Al-Aqsa. D’une part, il a hérité d’un patrimoine institutionnel ancestral des Mérinides. D’autre part, il n’a pas su s’adapter aux exigences d’une nouvelle époque historique marquée par la montée des ambitions européennes sur la rive sud de la Méditerranée et l’émergence de nouvelles puissances islamiques, telles que les Ottomans.
Il est remarquable que l’héritage scientifique de cette période — tout particulièrement Al-Mi’yar d’Al-Wancharissi et Dala’il Al-Khayrat d’Al-Jazouli — a transcendé l’État qui l’a vu naître et est resté bien vivant dans la culture islamique jusqu’à nos jours. L’empreinte juridique d’Al-Wancharissi et l’impact spirituel d’Al-Jazouli demeurent bien plus profondément ancrés dans la conscience musulmane que la mémoire de l’État wattasside lui-même.

