Rue animée de la médina de Rabat surmontée d'un minaret traditionnel en brique, symbole de l'architecture historique de l'Empire Almohade.

L’Histoire de l’État Almohade de sa Fondation à sa Chute

Almohade : cet État compte parmi les plus grandes nations islamiques ayant gouverné l’Occident musulman au Moyen Âge. Il a étendu son autorité sur le Maghreb Al-Aqsa, le Maghreb central, l’Ifriqiya et Al-Andalus entre les années 1121 et 1269 de notre ère. Cet empire s’est fondé sur le principe du monothéisme pur (Tawhid) et sur la devise de l’ordonnance du bien et de l’interdiction du mal. Il a d’ailleurs connu une renaissance scientifique et civilisationnelle remarquable sous le règne de ses califes.

La période de transition entre l’extinction de l’État Almoravide et l’avènement de l’État Almohade

Après la chute de l’État almoravide au Maghreb Al-Aqsa, le pays est entré dans une période de déclin politique et militaire qui a duré environ vingt-huit ans, de l’an 515 de l’Hégire (1118) à l’an 544 de l’Hégire (1146).

Durant cette période critique, des tribus et des factions rivales se sont affrontées lors de batailles sanglantes où le nombre de morts a dépassé des dizaines de milliers parmi les musulmans, tandis que l’appel almohade grandissait dans les montagnes de Masmouda sous la direction de Mouhammed ibn Toumart.

Les Almoravides étaient accaparés par leurs guerres en Al-Andalus face aux royaumes chrétiens, notamment la Castille, pendant que les Almohades menaient leurs campagnes militaires successives dans le Maroc intérieur. Marrakech, la capitale des Almoravides, tomba en l’an 544 de l’Hégire (1147), marquant la fin effective de leur règne et ouvrant la voie à l’établissement de l’État almohade en tant que nouvelle puissance dominante en Occident islamique.

La fondation et l’ère du Mahdi Ibn Toumart

Vue de la mosquée historique de Tinmel, un édifice traditionnel en terre cuite niché au cœur des montagnes arides du Haut Atlas, au sud de Marrakech, surplombant une vallée verdoyante.

Située dans les montagnes du Haut Atlas au sud de Marrakech, la mosquée de Tinmel est le berceau spirituel du mouvement Almohade et le point de départ historique de la prédication d’Ibn Toumart.

L’État almohade a pris son essor depuis Tinmel, dans les montagnes du Haut Atlas, après que les tribus amazighes de Masmouda eurent prêté allégeance à Mouhammed ibn Toumart en l’an 518 de l’Hégire (1125). Al-Nasiri indique dans son ouvrage Al-Istiqsa li-Akhbar Duwal al-Maghrib al-Aqsa que l’origine de l’appel almohade provient des montagnes de Masmouda, où Ibn Toumart a initié sa prédication réformatrice basée sur le précepte de l’ordonnance du bien et de l’interdiction du mal.

Ibn Toumart a su tirer parti de la fragmentation des Almoravides après son retour de Bagdad, d’Égypte et du Hedjaz, où il fut l’élève de grands érudits, dont le juge Ibn Hamdin, l’un des plus illustres savants d’Al-Andalus à cette époque. Il appela à un monothéisme d’une pureté absolue, appliquant une exemption stricte de Dieu de toute ressemblance avec les créatures (Tanzih).

Il a rédigé des ouvrages célèbres en croyance et en jurisprudence, parmi lesquels :

  • Le livre A’azz ma Youtlab qui rassemble ses enseignements dogmatiques.

  • Le livre Mouhadhi al-Mouwatta dont il a supprimé les chaînes de transmission pour le réorganiser selon les jugements juridiques.

  • Le livre Al-Mourchida et l’abrégé de Muslim (Moukhtasar Mouslim).

Contrairement à certaines chroniques moins rigoureuses, la critique historique retient qu’Ibn Toumart décéda en l’an 524 de l’Hégire, soit en 1130, avant le plein achèvement de l’État. Le commandement échut alors à son disciple Abd al-Mou’min ibn Ali al-Koumi.

Les véritables causes du conflit entre Ibn Toumart et les Almoravides

L’une des justifications majeures avancées par Mouhammed ibn Toumart pour combattre les Almoravides fut de les accuser d’être des Mouchabiha, c’est-à-dire de professer l’anthropomorphisme en assimilant Dieu à Ses créatures. Cependant, l’analyse historique et théologique démontre que cette accusation était infondée. Pour preuve évidente, d’illustres savants de la voie sunnite ont fermement soutenu l’État almoravide et ont même combattu dans ses rangs, à l’exemple de l’éminent Juge (Qadi) Iyad. Or, il est de notoriété publique que le Qadi Iyad était un savant de l’école asharite, une voie dont le fondement absolu est précisément l’exemption de Dieu de toute ressemblance avec les créatures. L’accusation de Tashbih (assimilation) relevait donc davantage d’un argumentaire visant à légitimer le soulèvement.

En réalité, le conflit trouvait une autre de ses racines profondes dans une controverse scientifique et spirituelle d’envergure. Les juristes de l’État almoravide avaient émis une fatwa ordonnant de brûler le célèbre ouvrage Ihya Ouloum ad-Din d’Abou Hamid al-Ghazali, qui était le maître (Cheikh) d’Ibn Toumart. Les savants almoravides avaient justifié cette décision radicale par la présence dans le livre de hadiths de faible transmission (Da’if). Leur grande rigueur dans la science du Hadith les poussait à interdire formellement la circulation de récits prophétiques jugés non fiables.

Cette fatwa provoqua une onde de choc et une vive indignation dans une partie du monde savant. De nombreux érudits se sont vigoureusement opposés à la destruction de l’œuvre d’Al-Ghazali et, en signe de protestation, se sont ralliés à Mouhammed ibn Toumart. Les sphères soufies, en particulier, furent profondément heurtées par cet autodafé, ce qui déclencha ce que l’histoire a retenu comme la révolte des soufis. Cette opposition spirituelle et savante à la fatwa des Almoravides constitua un puissant levier qui renforça considérablement la légitimité et les rangs de la rébellion almohade.

Abd al-Mou’min ibn Ali, le fondateur effectif de l’État Almohade

Abd al-Mou’min ibn Ali est le véritable bâtisseur de l’État almohade. Il a élargi le territoire et unifié le Maghreb Al-Aqsa, le Maghreb central, l’Ifriqiya et Al-Andalus. Il prit Marrakech en l’an 544 de l’Hégire (1147) et étendit son contrôle sur l’Ifriqiya jusqu’à Tunis en l’an 1160.

Abd al-Mou’min instaura un système administratif fondé sur la centralisation, réduisant ainsi l’influence des tribus traditionnelles qui entravaient la construction d’un État fort. Il structura l’impôt foncier et les taxes pour garantir des ressources financières stables, et édifia des écoles et des écoles coraniques (Kouttab) dans les grandes métropoles telles que Marrakech, Fès et Séville.

L’Âge d’or sous le règne de Yacoub al-Mansour

L’État atteignit son apogée sous le calife Abou Youssouf Yacoub al-Mansour, qui fit bâtir des forteresses, des mosquées, des hôpitaux et des écoles. Il triompha des Castillans lors de la bataille décisive d’Al-Arak (Alarcos), qui s’est déroulée précisément le 18 juillet 1195, correspondant à l’an 591 de l’Hégire. Cette victoire écrasante freina le mouvement de reconquête chrétienne et conféra aux Almohades un immense prestige dans le monde islamique.

Al-Mansour avait initialement conclu un traité de paix avec le royaume de Castille, mais la violation de ce pacte par ces derniers le contraignit à livrer la bataille d’Al-Arak. Al-Mansour s’illustra par son génie militaire et sa sagesse politique, œuvrant à l’essor scientifique et culturel de l’État almohade et d’Al-Andalus.

Photographie en plongée des vestiges archéologiques en pierre du château d'Alarcos situés sur une colline verdoyante. Le site dévoile un vaste réseau de fondations anciennes, des pans de murs partiels et, au premier plan, une imposante base de tour défensive de forme polygonale. Quelques minuscules silhouettes humaines sur le chemin de terre en haut à gauche permettent d'apprécier la vaste échelle de ces ruines médiévales.

Vestiges de la forteresse médiévale au sein du parc archéologique d’Alarcos (province de Ciudad Real, Espagne). Ce site fortifié perché sur une colline stratégique fut le théâtre de la célèbre bataille d’Al-Arak le 18 juillet 1195, marquant une victoire décisive du calife Almohade Yacoub al-Mansour.

Al-Arak (connu sous le nom d’Alarcos en espagnol) se trouve dans l’actuelle Espagne, au cœur de la péninsule ibérique.

Voici sa localisation géographique précise :

  • Région autonome : Castille-La Manche (Castilla-La Mancha).

  • Province : Ciudad Real.

  • Emplacement exact : Le site se situe sur une colline stratégique surplombant le fleuve Guadiana, à environ 8 kilomètres à l’ouest de l’actuelle ville de Ciudad Real.

Aujourd’hui, le site est classé comme parc archéologique (Parque Arqueológico de Alarcos). On peut encore y visiter les ruines du château fortifié, des murailles et de l’ancienne cité médiévale qui furent le théâtre de la célèbre bataille de 1195 opposant le calife almohade Yacoub al-Mansour au roi Alphonse VIII de Castille.

Le début de la chute sous le règne de Mouhammed an-Nasir

L’ère de Mouhammed an-Nasir li-Din Illah marqua le début du déclin de l’État à cause de défaites successives, en particulier celle de la bataille d’Al-Ouqab (Las Navas de Tolosa) en Al-Andalus en l’an 609 de l’Hégire (1212). Cette déroute fut un tournant tragique dans l’histoire de l’État almohade, déclenchant avec force les guerres de reconquête chrétienne.

L’étape de la faiblesse et la chute finale

Parmi les causes de l’effondrement définitif figurent la faiblesse des califes ayant succédé à Mouhammed an-Nasir, les dissensions internes qui ont épuisé l’État, ainsi que l’indépendance de certaines régions telles que l’Ifriqiya, Al-Andalus et le Maghreb central.

Marrakech tomba finalement aux mains des Mérinides en l’an 668 de l’Hégire (1269), scellant officiellement la fin de l’État almohade après 143 ans de règne.

La doctrine almohade

Le mouvement almohade tire son nom du principe de l’Unicité pure (Tawhid). Ibn Toumart y affirmait que Dieu est unique, exemptant le Créateur de toute assimilation aux créatures. L’étude rigoureuse de ses textes, notamment de son épître Al-Mourchida, démontre qu’il ne s’inscrivait pas dans une simple négation mu’tazilite des attributs, mais prônait un Tanzih strict et absolu : il enseignait que Dieu existe sans endroit, sans direction et qu’Il n’est pas un corps, des préceptes salués ultérieurement par les grands érudits de la voie sunnite. Ibn Toumart revendiqua par ailleurs être le Mahdi attendu, et son imamat constituait un pilier fondamental de sa prédication.

Le dogme almohade était un alliage singulier réunissant la méthodologie asharite quant à l’exemption de Dieu (Tanzih), l’école juridique Zahirite, le concept politico-religieux de l’imamat et du Mahdisme, ainsi que la méthode de la dialectique rationnelle.

Ce mélange dogmatique fut la signature de l’État almohade, le distinguant des autres nations islamiques.

L’École Juridique Zahirite المذهب الظاهري : Définition et Fondements

L’école Zahirite (ou Madhab az-Zahiri) est une ancienne école de jurisprudence islamique (Fiqh) qui se distingue par son approche purement littéraliste des textes sacrés. Le mot arabe Zahir signifie « l’apparent », « le manifeste » ou « l’évident ».

Les Principes Fondamentaux

Cette doctrine repose sur une méthodologie très stricte qui tranche avec les pratiques des quatre écoles juridiques sunnites majoritaires (Hanafite, Malikite, Chaféite et Hanbalite). Voici ses piliers :

  • L’exclusivité du sens littéral : Les Zahirites tirent leurs jugements juridiques exclusivement du sens apparent des mots du Coran et de la Sunna (les hadiths authentiques). Ils refusent catégoriquement de chercher un sens caché, allégorique ou ésotérique.

  • Le rejet de l’analogie (Qiyas) : C’est la plus grande différence avec les autres écoles. Si une chose n’est pas explicitement mentionnée dans les textes, les autres écoles utilisent la déduction logique par analogie pour statuer. Les Zahirites rejettent le Qiyas, estimant que la Révélation est complète et que la déduction humaine y ajoute inutilement.

  • Le rejet de l’opinion personnelle (Ra’y) : Ils interdisent de légiférer selon la raison spéculative, l’intérêt public ou la préférence juridique (Istihsan).

  • La permission originelle (Al-Bara’a al-Asliyya) : S’il n’y a aucun texte explicite (Coran ou Hadith) qui interdit ou qui rend obligatoire une chose, alors cette chose est considérée comme religieusement neutre et permise par défaut.

  • Le refus de l’imitation aveugle (Taqlid) : Le Zahirisme incite les savants, et même les gens du commun dans la mesure du possible, à exiger les preuves tirées des textes (Coran et Hadith) plutôt que de suivre aveuglément les avis des juristes des générations précédentes.

Les Figures Historiques Majeures

  • Dawud al-Zahiri (815-883) : C’est le fondateur de l’école. Il a vécu et enseigné en Irak au IXe siècle.

  • Ibn Hazm al-Andalousi (994-1064) : C’est l’érudit qui a véritablement sauvé cette école de l’oubli et l’a popularisée dans l’Occident musulman (Maghreb et Andalousie). Son immense encyclopédie juridique, Al-Muhalla, reste l’ouvrage de référence absolu de la pensée zahirite.

Pourquoi les Almohades ont-ils adopté le Zahirisme ?

Dans le contexte de l’empire almohade que nous avons étudié, le lien avec le Zahirisme est fondamental et éminemment politique. Les califes almohades, en particulier Abou Youssouf Yacoub al-Mansur, ont promu cette école pour plusieurs raisons :

  • Détruire l’ancien système : L’État précédent, celui des Almoravides, s’appuyait entièrement sur les savants de l’école Malikite, qui détenaient un pouvoir politique énorme. Promouvoir le Zahirisme permettait de neutraliser l’élite religieuse de l’ancien régime.

  • Le retour direct aux sources : L’État almohade a ordonné de brûler de nombreux livres de jurisprudence malikite (les Fourou’) pour forcer les juges et les savants à revenir directement à l’étude du Coran et des Hadiths, sans intermédiaire, ce qui est l’essence même du Zahirisme.

  • Unification idéologique : En associant la dogmatique stricte d’Ibn Toumart à la loi littéraliste zahirite, les califes almohades tentaient de créer une pensée religieuse pure, directe et totalement unifiée pour gouverner leur vaste empire, de l’Espagne jusqu’à la Libye.

La survie du Malikisme face à la politique Almohade

Sous le règne du calife Yacoub al-Mansour, l’État almohade a effectivement ordonné de brûler les livres de jurisprudence malikite dits de Fourou’ (les ouvrages secondaires qui compilent les avis juridiques sans nécessairement citer les chaînes de transmission des hadiths, comme Al-Moudawwana). L’objectif était de forcer les juges à statuer uniquement selon le texte brut (Coran et Sunna) pour asseoir la doctrine zahirite et l’idéologie almohade.

Cependant, le malikisme a survécu pour plusieurs raisons :

  • Un ancrage sociologique profond : Le rite malikite était implanté au Maghreb et en Andalousie depuis des siècles. Ni la population ni les élites intellectuelles ne pouvaient effacer cet héritage du jour au lendemain.

  • L’adaptation méthodologique : Face à l’interdiction des livres de Fourou’, les savants malikites se sont montrés d’une grande intelligence. Au lieu d’abandonner leur école, ils ont commencé à rédiger des ouvrages de jurisprudence malikite en y intégrant systématiquement les preuves (versets et hadiths), répondant ainsi à l’exigence almohade du « retour aux sources » tout en préservant l’ossature du droit malikite.

  • L’indispensabilité de ces savants : L’empire almohade, si vaste, avait besoin de juges (Qadis) compétents et de savants pluridisciplinaires pour administrer les villes. Les califes ont donc souvent fermé les yeux sur la formation malikite de leurs élites, tant que ces dernières respectaient l’autorité politique.

Les grands savants malikites sous l’ère Almohade Malgré ce climat politico-religieux tendu, plusieurs figures majeures du malikisme ont occupé de hautes fonctions ou ont laissé un héritage impérissable durant la période almohade :

  • Ibn Rouchd le petit-fils (Averroès) : C’est l’exemple le plus illustre. Bien qu’il fut le médecin personnel du calife et un penseur de premier plan, il a occupé la charge suprême de Grand Juge (Qadi al-Jama’a) à Cordoue. En tant que savant profondément malikite, il a écrit un chef-d’œuvre de la jurisprudence islamique : Bidayat al-Mujtahid wa Nihayat al-Muqtasid. Ce livre est une réponse brillante à la politique almohade : il y compare les avis de toutes les écoles juridiques en ramenant scrupuleusement chaque avis à sa preuve originelle (Hadith ou raisonnement), protégeant ainsi l’intellect malikite sous couvert de droit comparé.

  • Mouhammed ibn Ibrahim al-Ansari (Ibn al-Fakhar) : Comme évoqué précédemment dans notre étude, il fut un immense spécialiste du Hadith et un juriste de référence à Malaga. Il a maintenu la tradition de transmission juridique malikite en Andalousie tout en s’adaptant au climat de l’époque.

  • Ibn al-Qattan al-Fasi (décédé en 1231) : Né à Fès et ayant voyagé en Andalousie, il fut l’un des plus grands savants du Hadith (Muhaddith) et juriste malikite de son temps. Il a rédigé de grands ouvrages d’évaluation des hadiths (Bayan al-Wahm wa al-Iham) et a réussi à maintenir la rigueur scientifique sunnite sous la domination almohade.

  • L’Imam al-Qourtoubi (décédé en 1273) : Bien qu’il ait fui vers l’Égypte vers la fin de l’ère almohade à cause des guerres de reconquête (il a quitté Cordoue en 1236), ce géant de l’exégèse coranique a été entièrement formé intellectuellement en Andalousie sous la fin du règne almohade. Son célèbre Tafsir (l’exégèse du Coran) est considéré comme l’un des plus grands traités de jurisprudence malikite jamais écrits.

En fin de compte, l’école malikite a fait le « gros dos » pendant la tempête almohade. Dès la chute de l’empire et l’avènement des dynasties suivantes (Mérinides au Maroc, Zianides en Algérie, Hafsides en Tunisie), le malikisme a immédiatement repris sa place en tant que doctrine officielle de l’État.

La civilisation et la culture almohades

La politique almohade reposait sur l’édification d’une civilisation islamique humaine globale, avec le savoir et la culture comme piliers centraux de l’État. Les Almohades fondèrent des établissements d’enseignement à Marrakech, Fès et Séville. Ils instaurèrent une académie annexée au palais d’Abd al-Mou’min à Marrakech pour former les officiers et les gouverneurs, ainsi qu’une institution à Rabat dédiée à l’enseignement de la navigation et des arts de la guerre.

Les Almohades constituèrent de gigantesques bibliothèques et attirèrent :

  • Les érudits et les juristes,

  • Les gens de lettres et les poètes,

  • Les penseurs des sciences rationnelles,

  • Les médecins, les géographes, les astronomes et les mathématiciens.

L’État almohade fut décrit comme la plus grande puissance architecturale de cette époque florissante, privilégiant les constructions en pisé et en brique plutôt qu’en pierre. Les minarets finement ornés et les arcs polylobés ont profondément influencé le style andalou. Des pôles majeurs comme Fès, Marrakech, Rabat et Séville se sont imposés comme des épicentres du savoir et du pouvoir.

L’économie almohade

L’agriculture a prospéré et les cultures se sont diversifiées, notamment l’arboriculture fruitière dans les environs de Séville et de Valence. La production agricole était très variée en raison de l’immensité du territoire et de la diversité des climats. L’industrie militaire et civile connut un développement spectaculaire, tout comme la confection de tissus d’excellence, le travail du cuir et la fabrication du papier.

L’abondance régnait et le commerce était florissant. Les ports d’Al-Andalus tels que Valence, Dénia, Séville, Almería et Malaga comptaient parmi les plus grands carrefours du commerce international. Les Almohades tissèrent de vastes réseaux commerciaux avec l’Orient islamique, les nations européennes et le Soudan occidental.

L’apogée du savoir et les érudits sous l’ère almohade

L’État almohade fut le théâtre d’une renaissance scientifique exceptionnelle, accueillant les plus illustres figures de la réflexion islamique.

Philosophie et Médecine : Ibn Rouchd (le petit-fils) s’y illustra brillamment ; il fut le médecin personnel du calife Abou Yacoub Youssouf, Grand Juge à Cordoue et à Séville, et s’imposa comme un maître incontesté dans les sciences de la réflexion et de la jurisprudence. À la cour almohade se trouvait également son confrère Ibn Toufaïl, un esprit encyclopédique qui fut un conseiller intellectuel majeur. De son côté, l’Andalou Ibn Badja rassembla la maîtrise de plusieurs disciplines, fondant sa pensée analytique sur la médecine, l’arithmétique et les sciences de la vie. Parmi les médecins de très haut rang, Ibn Zohr marqua cette époque en posant les jalons de la médecine expérimentale. L’élève d’Ibn Rouchd, Ibn Tmlous, poursuivit cet héritage scientifique en excellant en médecine et en logique.

Sciences Religieuses et Langue : La transmission des sciences religieuses et de la langue connut également une vitalité prodigieuse. L’Imam Ach-Shatibi produisit son chef-d’œuvre, Ach-Shatibiyyah, devenu la référence absolue pour l’étude des lectures coraniques. Dans le domaine du Hadith et de la jurisprudence, de nombreux érudits rayonnèrent, tels que Mouhammed ibn Ibrahim al-Ansari al-Malaqi (connu sous le nom d’Ibn al-Fakhar) qui fut un pôle d’excellence en Andalousie, Abou Mouhammed Abdallah ibn Mouhammed al-Hajari al-Mourri, Abou al-Hassan Najba ibn Yahya al-Rouaïni l’Andalou, Abou Jaafar Ahmad ibn Atiq al-Balansi, et le grand voyageur Ibn Dihya al-Kalbi. La grammaire et la jurisprudence s’enrichirent grâce aux travaux du Grand Juge Ibn Mada al-Qourtoubi, tandis qu’Abou al-Qasim al-Souhaïli, auteur illustre de Ar-Rawd al-Unuf et compté parmi les Sept Saints de Marrakech, illumina l’étude de la biographie du Prophète.

Sciences Exactes et d’Observation : Les sciences exactes et d’observation ne furent pas en reste. L’astronome Al-Bitrouji formula des théories novatrices sur le mouvement céleste. En mathématiques, Al-Hassar contribua de manière déterminante à l’usage des fractions, et Ibn al-Yasmine composa des poèmes didactiques restés célèbres pour l’enseignement de l’algèbre. La botanique s’éleva au rang de science rigoureuse avec Abou al-Abbas al-Nabati, pionnier de l’étude expérimentale des plantes, suivi de près par Ibn al-Baytar, dont la formation initiale se forgea dans cet environnement intellectuel florissant. Enfin, l’historiographie almohade fut préservée avec une grande précision par des chroniqueurs tels qu’Abd al-Wahid al-Marrakouchi, auteur du mémorable Kitab al-Mu’jib.

La Conclusion

L’État almohade fut une puissance impériale islamique qui a dirigé l’Occident musulman sur le fondement de l’ordonnance du bien et de l’interdiction du mal, connaissant une apogée scientifique et civilisationnelle sous le règne de ses califes.

Débutant comme un mouvement de réforme religieuse dans les montagnes du Maghreb, il s’est transformé en un empire aux dimensions colossales, une force irrésistible qui a ébranlé les trônes almoravides et défié les royaumes chrétiens en Al-Andalus. L’État almohade a chuté en 1269 après 143 années de règne aux mains des Mérinides, mais son impact profond sur l’histoire islamique et occidentale demeure continu et retentissant jusqu’à aujourd’hui.

Sources de référence intégrées à l’étude :

  • L’ouvrage Al-Istiqsa li-Akhbar Duwal al-Maghrib al-Aqsa d’Al-Nasiri

  • Mabadi al-Dawla al-Hafsiya d’Ibn Qunfudh

  • Al-Ibar d’Ibn Khaldoun

  • Les chroniques d’Ibn Abi Zar’

  • Qissat al-Islam du Dr Raghib al-Sirjani

  • L’Encyclopédie arabe sur les Almohades

  • Ainsi que divers fragments jurisprudentiels et historiques de l’ère almohade.