L'Émir Youssef Ibn Tachfine
et la défense de l'Ach'arisme :
d'Ibn Rouchd le Grand
Question de l'Émir des Musulmans Youssef Ibn Tachfine au Qadi Ibn Rouchd au sujet de l'Ach'arisme (qu'Allah les agrée tous deux)
Que dit le jurisconsulte, le juge, l'éminent, l'unique, Abou l-Walid — qu'Allah lui accorde le succès, la droiture et le guide vers toute œuvre pieuse — au sujet de :
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Le Cheikh Abou l-Hassan Al-Asch'ari,
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Abou Ishaq Al-Asfarayini,
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Abou Bakr Al-Baqillani,
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Abou Bakr Ibn Fourak,
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Abou l-Ma'ali [Al-Jouwayni],
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Abou l-Walid Al-Baji,
et leurs semblables parmi ceux qui pratiquent la science du Kalam (la théologie musulmane), parlent des fondements de la religion (Ousoulou d-Din) et composent des ouvrages pour réfuter les gens de l'innovation (ahli l-ahwa') ?
Sont-ils des imams de guidée et de droiture, ou bien sont-ils des meneurs d'égarement et d'aveuglement ?
Et que dites-vous à propos de gens qui les insultent, les rabaissent, insultent quiconque se réclame de la doctrine ascharite (al-ach'ariyyah), les déclarent mécréants (takfir), se désavouent d'eux, se détournent de leur alliance, et croient qu'ils sont dans l'égarement et plongés dans l'ignorance ?
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Que doit-on leur dire, comment doit-on agir envers eux et que doit-on croire à leur sujet ?
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Doit-on les laisser suivre leurs passions ou doit-on freiner leur extrémisme ?
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Cela constitue-t-il une atteinte à leur religiosité et un vice dans leur foi ?
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Est-il permis d'accomplir la prière derrière eux ou non ?
Explicitez-nous le rang des imams susmentionnés ainsi que leur place dans la religion. Éclairez-nous sur le cas de celui qui les déigre et se détourne d'eux, ainsi que sur le cas de celui qui les soutient et les aime, de manière globale et détaillée. Soyez-en rétribué [par Allah], si Allah le veut Ta'ala.
La réponse d'Ibn Rouchd (qu'Allah lui fasse miséricorde) :
J'ai examiné — qu'Allah nous préserve ainsi que vous — votre question et j'en ai pris connaissance.
Ces savants que vous avez nommés sont des imams de bien qu'il est obligatoire de suivre comme modèles. En effet, ils se sont levés pour accorder la victoire à la Loi de l'Islam (A-Chari'ah), ont réfuté les ambiguïtés des gens de la déviation et de l'égarement, ont clarifié les points complexes et ont exposé les croyances (al-mofta qadat) auxquelles on doit adhérer.
Ainsi, par leur connaissance des fondements de la religion, ils sont les véritables savants (al-'oulama'ou 'ala l-haqiqah), en raison de leur connaissance de ce qui est obligatoire à l'égard d'Allah 'Azza wa Jall [comme attributs], de ce qui est possible à Son égard et de ce qui est impossible à Son sujet. Certes, on ne peut connaître les branches [de la jurisprudence] qu'après avoir connu les fondements [de la croyance].
Il est donc obligatoire de reconnaître leurs mérites et de leur concéder leur antériorité. Ce sont eux que le Messager d'Allah ﷺ visait par sa parole :
« Cette science sera portée, à chaque génération, par leurs gens de confiance. Ils en expulseront la falsification des extrémistes, l'usurpation des falsificateurs et l'interprétation erronée des ignorants. »
Ainsi, nul ne croit qu'ils sont sur l'égarement et l'ignorance si ce n'est un ignorant stupide, ou un innovateur déviant qui s'écarte de la vérité. Et nul ne les insulte ou ne leur attribue le contraire de ce qu'ils sont si ce n'est un pervers (fasiq). Allah 'Azza wa Jall a dit :
« Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu'ils l'aient mérité se chargent d'une calomnie et d'un péché évident. » (Sourat Al-Ahzab, aya 58)
Par conséquent, il est obligatoire d'instruire l'ignorant d'entre eux, de corriger le pervers, et de demander de se repentir à l'innovateur dévié de la vérité s'il propage son innovation. S'il se repent, [tant mieux], sinon il doit être frappé continuellement jusqu'à ce qu'il se repente, tout comme l'a fait 'Omar Ibn Al-Khattab (qu'Allah l'agrée) avec Sabiq, qui était suspecté dans sa croyance. Il l'a frappé au point que ce dernier dise : « Ô Émir des croyants, si tu voulais me guérir, tu as atteint l'emplacement du mal en moi, et si tu voulais me tuer, achève-moi ! » C'est alors qu'il le relâcha.
Et c'est à Allah que je demande la préservation et le succès par Sa miséricorde.
Écrit par Muhammad Ibn Rouchd.
