Moulay Abdallah Chérif : Fondateur spirituel de Ouazzane et maître du soufisme marocain

par saidanathaliev@gmail.com | Alaouite, ouazzane, Saadiens, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma | 0 commentaire

Minaret octogonal en zelliges verts et dôme de la mosquée de Dar Dmana dans une ruelle de la médina d'Ouezzane au Maroc sous un ciel bleu.

Moulay Abdallah Chérif (1596–1678) est une figure majeure du soufisme marocain. Il transforma un modeste hameau du Rif en un centre spirituel incontournable : la ville de Ouazzane. Issu d’une noble lignée et profondément ancré dans la tradition chadhilite, son héritage spirituel continue de rayonner jusqu’à aujourd’hui.


Naissance et origines (1596)

Abou Mouhammed Abdallah ben Brahim, connu sous le nom de Moulay Abdallah Chérif, naît en 1596 (1004 de l’Hégire).

Il appartient à la prestigieuse lignée des Chorfa (descendants du Prophète Mouhammed), par la branche idrisside, notamment via le grand saint Moulay Abdeslam ben Mchich. Sa famille est installée dans la région des Jbala, au nord-ouest du Maroc.

Dès son enfance, il évolue dans un environnement marqué par l’érudition, la spiritualité et l’apprentissage du Coran.


Formation spirituelle et maîtres

Pour approfondir son éducation religieuse et spirituelle, il rejoint les cercles de la voie chadhilite, très influente au Maroc.

Sidi Ali ibn Ahmed

Enterré près de Chefchaouen, il est son maître d’initiation spirituelle (Chaykh al-Tarbiyya). Moulay Abdallah passe auprès de lui de longues années d’ascèse, de retraite spirituelle (khalwa) et d’apprentissage des secrets du soufisme.

Sidi Ahmed al-Fassi

Issu d’une grande famille d’érudits de Fès, il lui transmet les sciences exotériques, notamment la jurisprudence (fiqh) et la théologie.


Installation à Ouazzane (vers 1630)

Bien qu’il fréquente des centres de savoir comme Fès, Moulay Abdallah Chérif ne quitte pas le Maroc. Ses déplacements restent essentiellement régionaux, dans le pays Jbala.

Vers 1630, en quête d’isolement et de recueillement, il s’installe dans un hameau appelé Dechra-t-Djbel er-Rihane (le village de la montagne des myrtes), au pied du mont Bouhlal.

Ce lieu deviendra plus tard la ville de Ouazzane.


Fondation de la Zaouïa Ouazzania

Après une retraite spirituelle intense de 14 mois, la tradition rapporte qu’il reçoit l’ordre de sortir de son isolement pour guider les fidèles.

Il fonde alors la Zaouïa Ouazzania, rattachée à la voie chadhilite.

Son influence attire rapidement de nombreux disciples, ascètes et tribus berbères locales (Masmouda, Rhouna, Ghzaoua).

Ses principaux disciples

Ses successeurs les plus importants sont ses propres fils :

  • Sidi Mouhammed, qui lui succède à la tête de la zaouïa

  • Moulay Touhami, qui contribue à diffuser la voie dans tout le Maghreb


Ses enseignements et héritage écrit

Moulay Abdallah Chérif n’a laissé que peu d’écrits personnels, conformément à la tradition chadhilite qui privilégie la transmission orale et vivante.

Cependant, son héritage est considérable :

  • Ses enseignements et maximes spirituelles

  • Ses litanies (ahzab et awrad)

  • Les chroniques rédigées par ses disciples et descendants

Sa zaouïa possédait également une bibliothèque réputée riche en manuscrits rares.


Décès et mausolée (1678)

Après plus de 40 ans consacrés à l’enseignement, à la médiation entre tribus et à l’aide aux plus démunis, Moulay Abdallah Chérif décède en 1678 (1089 de l’Hégire), à l’âge de 82 ans.

Il est enterré dans la médina de Ouazzane, à proximité de la Grande Mosquée.

Son mausolée (qoubba) est aujourd’hui un lieu de pèlerinage majeur. C’est autour de sa présence qu’est née la notion de Dar al-Damâna, symbole de protection spirituelle et d’asile.


Le Wird de la voie Ouazzania

Le wird constitue le cœur de la pratique spirituelle transmise par Moulay Abdallah Chérif. Il est généralement récité deux fois par jour : après le Fajr et après l’Asr ou le Maghreb.

Les piliers du Wird

Trois formules principales sont répétées 99 ou 100 fois :

L’Istighfar

« Astaghfirou Allâh al-’Adhîm alladhî lâ ilâha illâ houwa al-Hayyou al-Qayyoum wa atoibou ilayh »

La prière sur le Prophète

Elle occupe une place centrale dans la voie Ouazzania, fondée sur l’amour du Prophète Mouhammed.

Le Dhikr de l’unicité

« Lâ ilâha illâ Allâh »
Clôturé par : « Mouhammedoun Rasoulou Allâh »


Salat al-Tafrijiyya (ou Nariyya)

Cette prière est un pilier majeur de la zaouïa pour dissiper les difficultés et attirer la bénédiction.

« Allâhoumma salli salâtan kâmilatan wa sallim salâman tâmman ’alâ sayyidinâ Mouhammedin alladhî tanhalou bihi al-’ouqad… »

Elle est récitée individuellement ou collectivement.


Le Hizb : oraisons de protection

Moulay Abdallah Chérif a également transmis des pratiques de protection spirituelle adaptées à son époque :

  • Sourate Al-Wâqi’a (subsistance)

  • Sourate Al-Moulk (protection nocturne)


Les principes spirituels du Wird

Pour Moulay Abdallah Chérif, le wird ne doit pas être une répétition mécanique. Il repose sur trois fondements essentiels :

Al-Houdour (la présence)

Être pleinement conscient de la présence divine pendant le dhikr.

Al-Mahabba (l’amour)

Nourrir un amour profond pour le Prophète Mouhammed et les maîtres spirituels.

Al-Istiqama (la droiture)

Adopter un comportement éthique : aide aux pauvres, humilité et sincérité.

C’est cette droiture qui a fondé la réputation de Damâna, associée à la zaouïa de Ouazzane.