Portrait du cheikh, érudit et faqih Mohammed Mersou s'exprimant lors d'une causerie religieuse, vêtu d'une djellaba blanche et d'un turban, assis sur un fauteuil en bois sculpté.

Cheikh Sidi Mohamed Marsou al-‘Uyuni al-‘Ilmi

Une figure de l’enseignement traditionnel (at-Ta’lîm al-‘Atîq) dans le nord du Maroc

Mohamed Marsou الشيخ محمد مرصو حفظه الله ونفع به الأمة الإسلامية , Cheikh Sidi Mohamed Marsou al-‘Uyûnî al-‘Ilmî, occupe une place reconnue parmi les figures qui, au Maroc contemporain, ont porté la mission de l’enseignement traditionnel (at-ta’lîm al-‘atîq) et des sciences religieuses et linguistiques. Son parcours s’inscrit dans la lignée des savants qui ont assuré, selon la méthode classique propre aux écoles du nord du Maroc, la transmission ininterrompue du savoir religieux, de génération en génération, depuis les foyers scientifiques de Tétouan et de Tanger jusqu’aux cercles d’enseignement qu’il anime aujourd’hui.

Cet article retrace les grandes lignes de sa vie : sa naissance et sa filiation, sa formation auprès des maîtres qui l’ont façonné, sa méthode d’enseignement, son rayonnement à Tanger et dans les institutions du nord marocain, ainsi que la reconnaissance officielle et la considération dont il jouit parmi les gens de science.

Naissance, filiation et enfance

Le Cheikh Sidi Mohamed Marsou est connu par sa nisba scientifique et tribale d’« al-‘Uyûnî al-‘Ilmî », parfois rattachée aussi à « al-Gorfti », du nom de la tribu des Beni Jerfet (Beni Kerfet), dans le nord du Maroc. Il vit le jour à la fin des années 1940 au douar « al-‘Uyûn », qui relève de cette tribu — une région de longue tradition scientifique, connue pour ses écoles coraniques (kettabs) et ses foyers rattachés au réseau des zaouïas du nord marocain.

Il grandit dans un environnement familial tourné vers le savoir et la vertu : plusieurs membres de sa famille, versés dans les sciences religieuses et dans la magistrature, marquèrent directement l’orientation de son parcours dès son plus jeune âge et lui offrirent un terrain propice à l’acquisition précoce des sciences religieuses et linguistiques.

Formation et quête du savoir

Le Cheikh Marsou reçut son premier enseignement selon le schéma hérité des écoles anciennes : il mémorisa le Coran dans son enfance, puis acquit auprès de son entourage familial les rudiments des sciences religieuses et linguistiques, avant de s’engager dans une quête du savoir qui le conduisit à travers les foyers scientifiques et les tribus du nord marocain, où il recueillit les textes de référence (mutûn) et se perfectionna auprès des savants de son époque.

Cette formation lui donna une maîtrise étendue des sciences instrumentales et de la langue arabe — grammaire, morphologie, rhétorique et logique — ainsi que des fondements du droit (usûl al-fiqh), de la graphie coranique (rasm) et des lectures coraniques (qirâ’ât). Elle se traduisit, dans son enseignement, par une capacité reconnue à élucider les textes concis et à exposer les questions scientifiques les plus subtiles avec une rigueur alliée à la souplesse du raisonnement.

Son parcours ne se limita pas à sa région natale. Il se rendit dans les foyers du nord marocain réputés pour leur ancienneté scientifique, au premier rang desquels Tétouan et Tanger, où il recueillit les derniers maillons des chaînes de transmission (asânîd) des savants de ces deux villes. Il noua notamment des liens scientifiques et spirituels avec l’école de la famille Ben Siddiq, l’une des familles savantes de Tétouan, ainsi qu’avec d’autres figures et écoles traditionnelles du royaume.

Ses maîtres

Le Cheikh Marsou reçut le savoir d’une élite de savants de son temps, parmi lesquels :

  • Le Cheikh Abdeslam Marsou — son oncle paternel, l’un des premiers à lui enseigner les rudiments des sciences religieuses et linguistiques.
  • Le Cadi Ahmed Marsou — son grand-père maternel, qui influença sa formation initiale.
  • Les savants et maîtres du nord marocain, dépositaires des derniers maillons des chaînes de transmission de Tétouan et de Tanger, dont plusieurs rattachés à l’école de la famille Ben Siddiq, auprès desquels il noua des liens scientifiques et spirituels durables.

D’autres maîtres l’auront sans doute marqué au fil de ce long parcours ; le détail précis de ces rencontres — dates, lieux, formules d’autorisation (ijâza) — reste à recueillir auprès du Cheikh lui-même et de ses proches, pour qui souhaiterait approfondir cet axe de sa biographie.

Méthode d’enseignement et de prédication

Le Cheikh Marsou se distingue par son attachement à la méthode authentique des écoles de l’enseignement traditionnel marocain, qui repose sur trois piliers :

La priorité donnée aux textes de référence (mutûn). Il est connu pour le soin qu’il apporte à l’enseignement des grands textes classiques — l’Alfiyya d’Ibn Mâlik en grammaire, les textes du droit malikite, la terminologie du hadith — veillant à inculquer à ses élèves la mémorisation précise et la restitution fidèle.

L’articulation entre savoir et éducation. Son enseignement ne se limite pas à l’aspect théorique : son discours porte une empreinte éducative manifeste, qui exalte la dignité du savoir et ancre chez l’élève le respect dû à son maître et les dispositions morales de l’apprentissage.

L’usage pédagogique des anecdotes et des traits d’esprit. Il est réputé, dans ses cercles, pour associer aux questions scientifiques précises des anecdotes historiques et des subtilités linguistiques ou littéraires — méthode traditionnelle qui capte l’attention de l’auditoire et rapproche les concepts abstraits de l’entendement des jeunes élèves.

Rayonnement à Tanger et institutions

Le Cheikh Marsou s’établit à Tanger, où il joua un rôle de premier plan dans la revivification des cercles de science religieuse, à travers les grandes mosquées et les cercles de l’enseignement traditionnel de la ville. Son nom est associé à l’enseignement et aux conférences dispensés dans les institutions traditionnelles de la région du nord, notamment l’École privée de l’Imam Malik pour l’enseignement traditionnel à Tétouan, où il prononça plusieurs conférences scientifiques, dont l’une intitulée « Les bonnes manières de l’étudiant en sciences religieuses » (Âdâb tâlib al-‘ilm).

Il participa également aux activités organisées par la Délégation régionale des Affaires islamiques de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, notamment lors de manifestations consacrées à la présentation de son parcours dans le cadre de la cérémonie de clôture des écoles de l’enseignement traditionnel à Tanger.

Il assura par ailleurs l’encadrement d’étudiants et de chercheurs dans la région du nord — à Tanger, Asilah et Tétouan — formant ainsi plusieurs élèves qui poursuivent aujourd’hui la mission de l’enseignement traditionnel dans ces villes. Une liste nominative complète de ces disciples reste à établir, notamment auprès des institutions où il a enseigné.

Production scientifique

La contribution du Cheikh Marsou se déploie essentiellement dans l’enseignement oral, la transmission des textes de référence et les conférences enregistrées, plutôt que dans la rédaction d’ouvrages imprimés — une tendance partagée par nombre de savants de l’enseignement traditionnel marocain contemporain. Ses conférences, telle « Âdâb tâlib al-‘ilm », ainsi que ses leçons dispensées à Tanger et à Tétouan, constituent la part la plus notable de sa production diffusée à ce jour.

Reconnaissance et distinctions

Le Cheikh Marsou a été honoré du Prix du Conseil scientifique supérieur pour la prédication du haut de la chaire (al-khutba al-minbariyya), au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, en reconnaissance de sermons alliant rigueur, traitement des questions de société et orientation par le texte religieux. Ce prix, institué par le Conseil scientifique supérieur du Maroc pour encourager les prédicateurs à perfectionner leurs prestations, s’inscrit dans l’attention portée par le Commandeur des croyants aux cadres religieux du royaume.

Il apparaît ainsi comme l’un des exemples vivants des savants du « juste milieu et de la zaouïa » au Maroc, parmi ceux qui perpétuent, en dehors des filières de l’enseignement moderne institutionnel, l’identité scientifique et linguistique du pays à travers l’enseignement coranique et l’instruction continue. On le désigne couramment par les titres de « Cheikh éducateur » (ash-shaykh al-murabbî) et de « Cheikh savant » (ash-shaykh al-‘allâma).

Témoignages et éloges

La considération scientifique et littéraire dont jouit le Cheikh Marsou se traduit par plusieurs poèmes d’éloge qui lui furent adressés par des gens de science et de lettres de son entourage, soulignant sa position parmi ses pairs et son attachement à l’union des gens de science contre l’esprit partisan. On peut citer un poème du poète Hamid ben Mohamed ben Rachid al-Bousaïdi (Abou Abdillah), dont les premiers vers louent en lui un frère généreux et un maître qui honore les savants, tout en exhortant les étudiants en sciences religieuses à s’attacher à la vérité :

« Que Dieu te récompense, frère généreux et maître qui honore les savants ; que l’étudiant en sciences s’éloigne résolument de tout ce qui pourrait engendrer le regret ; attache-toi, mon frère, à la voie de la vérité en suivant la guidance du Prophète ﷺ, tu réussiras — car a échoué celui qui en fut privé. »

(Extrait du poème de Hamid ben Mohamed ben Rachid al-Bousaïdi en l’honneur du Cheikh Mohamed Marsou.)

Les titres qui lui sont couramment attribués — « Cheikh éducateur », « Éminent Cheikh savant » (fadîlat ash-shaykh al-‘allâma) ou « Éminent jurisconsulte » (al-faqîh al-jalîl) — témoignent de la considération dont il jouit auprès des étudiants et de ceux qui fréquentent ses cercles dans la région du nord.

Conclusion

Le Cheikh Sidi Mohamed Marsou al-‘Uyûnî al-‘Ilmî représente un maillon vivant de la continuité de l’enseignement traditionnel dans le nord du Maroc, alliant une formation solide dans les sciences instrumentales et religieuses à un engagement constant dans l’enseignement, la prédication et l’encadrement pédagogique — engagement qui lui valut une reconnaissance à la fois officielle et populaire. Certains aspects de son parcours, notamment la liste complète de ses maîtres et de ses disciples, restent à documenter plus avant, à mesure que de nouvelles sources et de nouveaux témoignages viendront enrichir sa biographie.