Calligraphie arabe enluminée représentant les noms de la Mère des croyants Aïcha, d'Az-Zubayr ibn al-Awwam et de Talhah ibn Ubaydullah

Position des savants du Maghreb extrême au sujet de la bataille du Chameau (Al-Jamal) et la disculpation de la Mère des croyants `A’ichah, de Talhah et de Az-Zoubayr de toute intention de sédition

Introduction

La bataille du Chameau (Al-Jamal) fait partie des événements les plus cités dans les ouvrages d’histoire et de croyance. Les savants d’Ahlou s-Sounnah ont veillé à exposer une méthodologie rigoureuse pour l’aborder, fondée sur l’équité dans le jugement porté sur les Compagnons (que Allah les agrée), l’abstention de polémiquer sur leurs divergences, et le renvoi des textes équivoques aux textes clairs ainsi qu’à leurs mérites confirmés.

Parmi les savants ayant traité cet événement figurent les oulémas du Maghreb et de l’Andalousie, avec à leur tête le Cadi Abou Bakr Ibn al-Arabi al-Maliki. Cet éminent imam du Maghreb islamique a établi que la Mère des croyants A’ichah (que Allah l’agrée) est sortie en vertu d’un effort de réflexion (ijtihad), et que son intention, ainsi que celle de Talhah et de Az-Zoubayr, était la recherche de la réconciliation et la demande du talion contre les assassins de `Outhman, et non le déclenchement de la guerre ou l’effusion de sang.

Premièrement : Le fondement méthodologique chez les savants d’Ahlou s-Sounnah concernant les troubles

Ahlou s-Sounnah ont établi que les événements survenus entre les Compagnons doivent être analysés à la lumière de la Loi de l’Islam et de l’équité. On ne saurait accuser leur piété ni attribuer leurs actes à une mauvaise intention, car ils font partie de la meilleure des générations. Ils possèdent des antécédents et des mérites qui imposent d’avoir une bonne opinion à leur sujet, tout en reconnaissant que certains d’entre eux ont pu faire une erreur dans leur effort de réflexion (ijtihad).

Ainsi, les sources sunnites rappellent que la divergence ne portait pas sur l’interdiction absolue de verser le sang sacré, mais plutôt sur la méthode à adopter pour gérer la crise consécutive au meurtre de Outhman (que Allah l'agrée) : fallait-il d'abord stabiliser l'autorité du Calife légitime, l'Imam Ali, puis appliquer le talion, ou bien fallait-il s’empresser de réclamer le talion avant cela ?

Dans ce contexte, l’explication de cet événement chez les savants de la Sounnah repose sur deux piliers :

  1. L’Imam `Ali ibn Abi Talib était celui qui avait vu juste dans son évaluation de l’intérêt général.

  2. Ceux qui avaient un avis différent parmi les Compagnons – à savoir A'ichah, Talhah et Az-Zoubayr – ne visaient nullement la désobéissance ni la rébellion contre la religion, mais ont agi par un effort d'interprétation (ijtihad) dans lequel ils pensaient servir l'intérêt général en hâtant la demande de justice pour le sang de Outhman.

Deuxièmement : L’apport de l’Imam Ibn al-`Arabi al-Maliki al-Andalousi

Abou Bakr Ibn al-Arabi al-Maliki, l'auteur du célèbre ouvrage *Al-Awacim mina l-Qawacim*, est l’un des savants majeurs sur lesquels s’appuient Ahlou s-Sounnah pour clarifier la position correcte à adopter. Son livre est une référence incontournable pour la défense des Compagnons du Prophète Mouhammed ﷺ.

Il est rapporté dans son ouvrage (Édition Dar al-Jil) ce résumé :

« Quant à la sortie de A'ichah (que Allah l'agrée), il s'agit d'un effort de réflexion de sa part afin de réaliser l'objectif de Talhah et de Az-Zoubayr, et de coopérer avec Ali dans le but d’éteindre la discorde et d’éliminer les hypocrites parmi les assassins de `Outhman. »

Ce texte textuel est d’une clarté absolue pour innocenter la Mère des croyants de toute volonté de péché ou de discorde, et pour prouver que sa démarche visait la réforme et non la corruption. Ce passage comporte trois enseignements majeurs :

  • L’auteur qualifie sa démarche d’ijtihad, et dans la terminologie des savants, l’ijtihad ne s’applique pas à un péché délibéré, mais à la recherche de la vérité avec une possibilité de commettre une erreur d’appréciation.

  • Il lie sa sortie à un objectif légitime à ses yeux : éteindre les troubles et neutraliser les meurtriers de `Outhman.

  • Il l’associe à Talhah et Az-Zoubayr dans une unité d’intention, réfutant l’idée d’une initiative isolée en rupture avec les fondements sunnites.

Il convient de souligner que cette position du Cadi Abou Bakr Ibn al-`Arabi n’est pas un avis isolé, mais le reflet d’une unanimité doctrinale partagée par les plus éminents savants d’Ahlou s-Sounnah, tant en Orient qu’au Maghreb islamique.

En effet, le grand spécialiste des fondements Fakhrou d-Din Ar-Razi ainsi que le célèbre **Cadi Iyad** s’accordent à affirmer que la démarche de la Mère des croyants A’ichah, de Talhah et de Az-Zoubayr (que Allah les agrée) découlait exclusivement d’un effort de réflexion légitime (ijtihad) visant la réconciliation et la justice, et non la confrontation armée.

De même, les illustres juristes de l’école malikite, à l’instar d’Abou Imran Al-Fassi, d’Ibn Rouchd, d’Al-Wancharici et de At-Tawdi Ibn Souda, confirment dans leurs traités respectifs que les événements de la bataille du Chameau (Al-Jamal) relevaient d’une divergence d’appréciation quant à la gestion sécuritaire de la crise consécutive au meurtre du Calife Outhman.

Tous ces maîtres réaffirmèrent avec force la probité de l’ensemble des Compagnons du Prophète Mouhammed ﷺ, excluant d’eux tout péché intentionnel ou volonté de sédition, tout en rappelant que la justesse et la légitimité prioritaires dans cette épreuve étaient du côté de l’Imam `Ali (que Allah l’agrée).

Troisièmement : La preuve de l’innocence de la Mère des croyants `A’ichah de tout péché intentionnel

Dès lors qu’un éminent imam de l’école malikite atteste que la sortie de `A’ichah était une libre interprétation visant la conciliation, cela disculpe totalement cette dernière de l’accusation de péché délibéré. En Islam, le péché blâmable implique une intention de transgression ou d’injustice flagrante. En revanche, le moujtahid (celui qui pratique l’ijtihad) qui vise le bien mais se trompe de moyen ne peut être assimilé à celui qui commet volontairement une injustice.

Les sources d’Ahlou s-Sounnah confirment que les Compagnons qui se sont rendus à Bassora ne voulaient pas engager le combat initialement. L’affrontement armé a éclaté de manière incontrôlée suite aux machinations des instigateurs des troubles infiltrés dans les deux camps. Il est donc faux de prétendre que la Mère des croyants a commis un péché par sa simple sortie ; la formulation correcte est de dire : elle est sortie sur la base d’une interprétation (ta'wil), pensant œuvrer pour le bien. Il s’est avéré par la suite que la vérité doctrinale et politique était du côté de l’Imam `Ali qui privilégiait l’unification des rangs d’abord. Elle conserve néanmoins son statut éminent, sa récompense pour son effort, et la pureté de son intention.

Quatrièmement : Le statut de Talhah et Az-Zoubayr selon les savants

Les traités d’Ahlou s-Sounnah rappellent que Talhah et Az-Zoubayr (que Allah les agrée) comptaient parmi les plus fervents demandeurs de justice pour le calife martyr `Outhman. Ils ne sont pas sortis par ambition de pouvoir ou par esprit de sédition, mais par ijtihad.

Les récits historiques authentifiés mentionnent que Az-Zoubayr s’est retiré du champ de bataille dès qu’il a pris conscience de la tournure des événements, et que Talhah a été touché mortellement lors des troubles, ce qui prouve qu’aucun d’eux n’avait l’intention de faire couler le sang des musulmans. Les réunir avec la Mère des croyants dans un même jugement d’intention est donc tout à fait fondé, car leur divergence avec l’Imam `Ali relevait de l’analyse jurisprudentielle sur la gestion d’une crise et non d’une corruption de leur foi ou de leur amour mutuel.

Cinquièmement : Le déclenchement des combats non prémédités

Les encyclopédies d’histoire sunnites (telles que Ad-Dourar As-Saniyyah) soulignent qu’un accord de conciliation était sur le point d’être conclu entre l’Imam Ali et les Compagnons opposés à sa temporalité. Les combats ont été déclenchés de nuit par les meurtriers de Outhman et leurs partisans qui redoutaient de faire les frais de cette réconciliation générale. La confrontation a donc échappé au contrôle des grands Compagnons. Les deux camps s’accordaient d’ailleurs à maudire les assassins de `Outhman, ce qui démontre que la bataille du Chameau n’était pas un conflit dogmatique, mais une crise de gestion politique et sécuritaire majeure dans un contexte d’extrême instabilité.

Sixièmement : La formulation scientifique et doctrinale adéquate

La formulation la plus précise sur le plan théologique et académique consiste à dire :

L’Imam Ali ibn Abi Talib (que Allah l'agrée) était le Calife légitime, celui qui était dans le vrai et le plus proche de la vérité dans cette épreuve. A’ichah, Talhah et Az-Zoubayr (que Allah les agrée) étaient des moujtahidoun ayant fait une interprétation (mouta'awwilin) : ils visaient le bien mais ont commis une erreur dans leur évaluation.

On ne leur attribue donc aucune perversité (fisq) ni intention de semer la discorde. Il est strictement interdit de les insulter ou de diminuer leur valeur. Cette formulation préserve à la fois l’honneur de l’ensemble des Compagnons et la légitimité prioritaire de l’Imam `Ali.

Conclusion publiable

En conclusion, les savants d’Ahlou s-Sounnah, dont les oulémas du Maghreb islamique menés par le Cadi Abou Bakr Ibn al-Arabi al-Maliki, n'ont jamais attribué à la Mère des croyants A’ichah, ni à Talhah et Az-Zoubayr, l’intention de créer une sédition ou de commettre un péché délibéré lors de la bataille du Chameau. Ils ont établi que leur démarche découlait d’un effort de réflexion pour la réconciliation et le talion, et que les combats ont éclaté suite à l’ingérence des séditieux. L’Imam `Ali demeure le Calife légitime et le plus proche de la vérité.

Par conséquent, l’expression formelle correcte est : La Mère des croyants A'ichah, Talhah et Az-Zoubayr ne se voient attribuer chez les imams d'Ahlou s-Sounnah aucune intention de péché ou d'injustice volontaire, mais plutôt un effort de réflexion (ijtihad) qui a comporté une erreur d'appréciation, tout en conservant leur probité (‘adalah`), leur haut degré de vertu, et l’obligation de formuler le Taraddi (dire « que Allah l’agrée ») à leur égard.

Notes de bas de page et références

  1. Abou Bakr Ibn al-Arabi al-Maliki, *Al-Awacim mina l-Qawacim*, Édition Dar al-Jil.

  2. Al-Maktabah Ach-Chamilah, consultation du livre *Al-Awacim mina l-Qawacim*, sections relatives à la bataille du Chameau et l'arrivée de l'Imam Ali à Bassora.

  3. IslamWeb, Fatwa : « Faits autour de la bataille du Chameau » (Position d’Ahlou s-Sounnah concernant l’abstention de polémiquer sur les divergences des Compagnons).

  4. Ad-Dourar As-Saniyyah, Encyclopédie historique, section : « La bataille du Chameau ».