La mosquée Abu Hanifa (arabe : مسجد أبو حنيفة ‎‎ Masjid abū Ḥanīfah ) ou (arabe : مسجد أبي حنيفة ‎‎ Masjid abī Ḥanīfah ) également connue sous le nom (arabe : جامع الإمام الأعظم ‎‎ est l'une des mosquées sunnites les plus importantes de Bagdad , en Irak.

Introduction

la préservation du Prophète Mouhammed ﷺ dans le livre Al-Fiqh Al-Akbar : Étude critique et documentaire sur l’attribution, le texte et la signification

La question de la préservation (‘ismah) des prophètes compte parmi les points les plus subtils de la croyance musulmane. Elle touche en effet au rang de la prophétie, aux limites de ce qui est possible ou impossible à leur égard, et à la manière de comprendre les textes coraniques de reproche ainsi que les expressions des précis de croyance transmis dans le patrimoine islamique.

Parmi les passages ayant suscité de nombreux débats, on trouve la phrase attribuée au livre Al-Fiqh Al-Akbar, lui-même attribué à l’Imam Abou Hanifah :

« Et Mouhammed ﷺ n’a jamais commis ni grand ni petit péché (lam yartakib kabiratan wa la saghiratan qatt). »

Certains avancent cependant l’existence d’autres versions ou manuscrits portant des termes tels que « délibérément » (‘amdan) ou « intentionnellement » (qasdan) à la place ou en plus du mot « jamais » (qatt).

Cette étude vise à clarifier la question sur trois niveaux interdépendants :

  1. L’attribution du livre à l’Imam Abou Hanifah.

  2. L’authenticité des termes au sein des versions et des manuscrits.

  3. La compréhension qu’avaient les savants de l’impeccabilité des prophètes, et plus particulièrement du Prophète Mouhammed ﷺ.

La conclusion principale qui ressort des données disponibles indique que les variantes textuelles dans certains passages d’Al-Fiqh Al-Akbar sont globalement avérées. Néanmoins, l’affirmation d’une variante spécifique au sujet de l’impeccabilité du Prophète nécessite une vérification manuscrite directe, plus rigoureuse que ce qui circule dans les débats en ligne. De plus, la définition de la croyance en l’impeccabilité ne dépend pas de cette seule phrase.

I. L’attribution d’Al-Fiqh Al-Akbar à l’Imam Abou Hanifah

L’attribution d’Al-Fiqh Al-Akbar à l’Imam Abou Hanifah ne fait pas l’unanimité absolue parmi les chercheurs ; il s’agit d’une question ancienne ayant fait l’objet d’acceptations, de réserves et de critiques. Parmi les sources contemporaines résumant cette divergence, on peut citer les travaux publiés sur le site Islam Question and Answer, mentionnant que certains savants ont accepté la paternité de l’ouvrage, tandis que d’autres ont émis des réserves ou l’ont jugé faible, du fait que la transmission repose principalement sur Abou Mouti‘ Al-Balkhi et d’autres narrateurs dont la mémorisation et la rigueur ont été discutées.

L’importance de cet aspect est capitale, car toute argumentation théologique fondée sur un terme précis du livre ne peut être scientifiquement valable avant d’avoir clarifié l’origine de son attribution. Si la chaîne de transmission (sanad) du texte fait l’objet de discussions chez les savants du Hadith, fonder des jugements majeurs de croyance sur un mot isolé, sans recenser les voies de transmission ni comparer les manuscrits, demeure méthodologiquement problématique.

Il a été rapporté d’après Mouhammed Abou Zahrah, dans ses travaux sur Abou Hanifah, que l’attribution d’Al-Fiqh Al-Akbar est sujette à examen chez les savants. Cela indique que le chercheur ne doit pas aborder le texte de ce livre comme il aborderait un ouvrage dont l’attribution est absolument certaine, tel que le Mouwatta’ ou les deux Sahih. En contrepartie, l’existence de larges commentaires de ce livre par les vétéro-hanafites et les traditionalistes tardifs — dont le plus célèbre est celui de Moulla ‘Ali Al-Qari — prouve qu’une grande partie des savants de l’école l’a accueilli favorablement, l’a commenté et l’a utilisé, même si cette réception ne suffit pas à elle seule à certifier de manière absolue la formulation de chaque mot.

II. L’état textuel du livre et la possibilité de variantes

Les données disponibles prouvent que le texte d’Al-Fiqh Al-Akbar n’est pas parvenu dans une version unique et consensuelle à travers toutes les éditions et copies. Des divergences sont apparues dans certains termes et ajouts. L’un des exemples les plus clairs mentionnés dans la source précitée concerne la question de la vision de Dieu : certaines copies portent la mention « sans ressemblance ni modalité » (bila tashbihin wa la kayfiyyah), tandis que d’autres contiennent l’ajout « ni quantité » (wa la kammiyyah), ce qui témoigne des variations textuelles d’une copie ou d’une transmission à l’autre.

De même, la présence de manuscrits du livre dans les catalogues numériques et les sites spécialisés prouve que l’ouvrage bénéficie d’une circulation manuscrite ancienne. Toutefois, la simple existence d’un manuscrit ne suffit pas à valider un terme précis dans un passage contesté, à moins de spécifier les données de la copie, l’emplacement du texte, l’exactitude de la lecture et la confrontation entre les différentes versions. C’est pourquoi, dans la recherche académique, affirmer la présence du terme « jamais » (qatt) dans une version, et « délibérément » (‘amdan) ou « intentionnellement » (qasdan) dans une autre, exige le renvoi à une copie du manuscrit ou à une description scientifique précise, et non à une transmission orale ou à un débat général.

Au vu des éléments disponibles, on peut acter la possibilité de variantes textuelles globales dans Al-Fiqh Al-Akbar. Cependant, il est scientifiquement impossible de trancher pour ce passage précis sans examiner des manuscrits authentifiés ou des reproductions spécifiques. Il s’agit d’une distinction méthodologique majeure entre deux affirmations : la première constatant que le livre connaît des variantes dans certains mots (ce qui est attesté), et la seconde prétendant que le passage sur l’impeccabilité du Prophète comporte deux formulations distinctes et avérées dans les manuscrits (ce qui nécessite une preuve mais demeure moins certain en l’état).

III. L’analyse de la phrase relative à la préservation du Prophète

Le texte en circulation dans plusieurs éditions et commentaires disponibles contient la formule suivante :

« Et Mouhammed ﷺ n’a jamais commis ni grand ni petit péché »

Cette formulation nie de manière explicite et absolue toute commission de grands ou de petits péchés par lui ﷺ. Sur le plan du sens apparent, cette formule est en parfaite adéquation avec le principe fondamental de la vénération du rang de la prophétie et de l’exemption des prophètes de toute désobéissance.

Cependant, l’existence d’une variante textuelle alternative comme « délibérément » (‘amdan) ou « intentionnellement » (qasdan) dans ce même passage n’apparaît pas dans les sources ouvertes consultées de façon documentée permettant d’établir une conclusion définitive. Plus précisément, les documents examinés ne présentent aucune description manuscrite rigoureuse indiquant le nom de la bibliothèque, le numéro de classement, le folio ou la ligne, qui transcrirait le terme divergent à cet endroit précis.

Dès lors, la formulation scientifique rigoureuse impose de dire : l’affirmation d’une divergence dans cette phrase est plausible au regard de l’histoire du texte et des variations de certaines copies, mais elle ne s’élève pas, dans la limite des données actuelles, au rang de fait manuscrit incontestable tant qu’on n’a pas consulté les manuscrits originaux ou les éditions critiques reconnues. Cette précision est indispensable, car une grande partie de la confusion dans les sujets de croyance naît de la transition hâtive de la « probabilité » à la « certitude » sans justificatif suffisant.

IV. la préservation des prophètes selon la doctrine des gens de la Sounnah

Le fondement de l’impeccabilité des prophètes fait globalement l’objet d’un consensus chez les gens de la Sounnah, en particulier pour ce qui concerne la transmission du message de la part de Dieu, l’exemption du mensonge dans la révélation, et l’absence d’approbation d’une erreur qui nuirait à la fonction prophétique. Les textes théologiques commentés par les savants établissent l’exemption des prophètes des grands péchés, ainsi que de tout ce qui pourrait entacher la confiance en leur message ou éloigner les gens de leur appel.

La distinction établie par de nombreux théologiens entre le péché proprement dit (ma‘siyah) et le simple faux pas (zallah) ou le fait de délaisser ce qui est préférable (tark al-awla) est une distinction explicative. Elle vise à concilier le principe de l’impeccabilité avec les textes scripturaires évoquant un reproche adressé aux prophètes.

Le tableau suivant résume la terminologie employée par les savants pour qualifier ces différents états :

Terme théologiqueDéfinition et portée doctrinaleStatut à l’égard des Prophètes
Péché (Ma‘siyah)Désobéissance blâmable qui contredit la perfection de l’obéissance.Impossible / Exclus de manière absolue (grands et petits péchés).
Délaissement du préférable (Tark al-awla)Choix d’une action licite ou d’un effort d’interprétation (ijtihad) non optimal.Possible, mais la Révélation intervient aussitôt pour guider et rectifier.
Faux pas (Zallah)Inattention ou erreur involontaire ne remettant pas en cause le message.Possible, faisant l’objet d’un enseignement ou d’une correction immédiate.

Par conséquent, argumenter sur la possibilité d’attacher le « péché » au Prophète ﷺ au sens vulgaire du terme, en s’appuyant sur la probabilité d’un mot dans un précis dont l’attribution ou la transmission est discutée, est une démarche méthodologiquement incorrecte. Même si la formule restrictive comme « délibérément » ou « intentionnellement » était avérée, elle n’impliquerait pas l’affirmation du péché absolu. En effet, le langage des commentateurs et des théologiens de la Sounnah tend à nier l’intention et la préméditation lorsqu’ils traitent de l’inattention, de l’effort d’interprétation ou du délaissement du préférable, et non à ouvrir la voie à l’attribution d’une faute blâmable au rang de la prophétie.

V. Signification de l’expression « n’a jamais commis ni grand ni petit péché »

Si l’on prend cette phrase selon son sens apparent, elle représente l’une des formes de négation les plus absolues, puisqu’elle exclut à la fois le grand et le petit péché, tout en insistant sur l’universalité temporelle par le terme « jamais » (qatt). Par conséquent, le texte couramment diffusé exprime une sacralisation et une exemption totale du Prophète ﷺ, ce qui concorde avec l’objectif général des textes de croyance qui honorent son rang et interdisent de lui attribuer ce qui altère la majesté de la prophétie.

Dans l’hypothèse où le terme « délibérément » (‘amdan) ou « intentionnellement » (qasdan) serait avéré dans certaines voies de transmission, la portée maximale du terme selon l’interprétation sounnite traditionnelle ne serait pas d’affirmer le péché de manière absolue, mais plutôt de nier l’intention de désobéir. Autrement dit, l’objet de la négation serait la désobéissance intentionnelle, et non ce que d’aucuns nomment l’inattention ou l’interprétation non optimale. Toutefois, cette option interprétative reste tributaire de la validation textuelle préalable du mot, ce qui n’est pas établi de façon tranchée dans l’état actuel des recherches.

Il en résulte que la dispute autour de cette phrase ne doit pas être exagérée. La question ne se résume pas à un simple choix entre « jamais » et « délibérément », mais s’inscrit dans un réseau de problématiques liées : l’authenticité de l’attribution, la validation de la transmission, la nature de la terminologie doctrinale, et la méthodologie de compréhension des textes de reproche coraniques. Lorsque ces différents niveaux sont pris en compte de concert, il apparaît que la rigueur scientifique impose la prudence et la progressivité plutôt que les jugements péremptoires.

VI. Les avis des savants anciens et leur place dans la recherche

Parmi les témoignages importants dans ce domaine, on cite ce qui est rapporté de l’Imam Adh-Dhahabi au sujet d’Abou Mouti‘ Al-Balkhi, qu’il qualifies de « rédacteur ou transmetteur d’Al-Fiqh Al-Akbar ». Cette expression montre que le nom de ce livre est lié à Abou Mouti‘ dans la conscience critique des savants du Hadith, et qu’il n’est pas un simple maillon neutre sans influence sur le texte. Cet indice renforce la nécessité d’examiner le rôle du rapporteur dans la transmission de l’ouvrage, car la valeur d’un terme doctrinal est indissociable de son parcours de transmission.

De plus, les propos rapportés de l’Imam Ibn Hajar affaiblissant Abou Mouti‘ dans la transmission des récits ont un impact direct sur la méthode. Si le texte repose principalement sur un rapporteur jugé très faible ou sujet à de fréquentes erreurs chez les spécialistes du Hadith, s’appuyer sur lui pour valider des détails doctrinaux précis exige une prudence accrue et des comparaisons minutieuses, plutôt qu’une acceptation aveugle. Il apparaît ainsi que la clarification critique sur le plan du Hadith n’est pas isolée de la clarification doctrinale, elle en fait partie intégrante.

En contrepartie, les commentaires hanafites tardifs du livre, avec en tête celui de Moulla ‘Ali Al-Qari, montrent que l’école hanafite a exploité ce précis pour exposer les fondements de la croyance, révélant ainsi son rôle pédagogique et normatif au sein de l’école. Cependant, cette présence doctrinale n’empêche pas l’exercice de la critique textuelle et manuscrite si nécessaire ; elle impose plutôt de lier le respect du patrimoine à la vérification des textes selon les règles des gens de science.

VII. Conclusion scientifique rigoureuse

Les données disponibles mènent à plusieurs résultats corrélés :

  • Premièrement : Al-Fiqh Al-Akbar est un livre dont la certitude de l’attribution à l’Imam Abou Hanifah fait l’objet de divergences entre acceptation, réserve et affaiblissement. Cette divergence doit rester présente à l’esprit lors de la discussion de tout terme doctrinal en son sein.

  • Deuxièmement : Les variantes textuelles dans certains passages du livre sont globalement avérées, mais cela ne suffit pas à prouver de manière isolée que le passage sur l’impeccabilité du Prophète est mentionné dans les manuscrits sous les deux formes (« jamais » et « délibérément / intentionnellement ») sans une consultation directe des manuscrits ou des travaux critiques.

  • Troisièmement : La formule usuelle : « Et Mouhammed ﷺ n’a jamais commis ni grand ni petit péché » existe dans les textes édités et diffusés, et sa signification est explicite quant à l’exemption du Prophète ﷺ des grands et petits péchés.

  • Quatrièmement : L’affirmation de l’impeccabilité des prophètes chez les gens de la Sounnah est bien plus large et solidement établie pour être suspendue à un mot isolé dans un texte dont l’attribution ou les copies divergent. Elle repose sur l’ensemble des textes scripturaires et sur les définitions des savants concernant la différence entre le péché, le délaissement du préférable et le faux pas sur lequel le Prophète n’est jamais laissé.

Par conséquent, la formulation académique la plus équitable consiste à dire : l’argumentation par la phrase d’Al-Fiqh Al-Akbar sur la question de l’impeccabilité du Prophète ﷺ requiert deux étapes successives : la première, documentaire, qui consiste à vérifier l’attribution du livre, à rassembler ses copies et à authentifier l’emplacement du terme divergent ; et la deuxième, herméneutique, qui consiste à comprendre l’expression à la lumière de la terminologie des gens de la Sounnah concernant l’impeccabilité, et non à la lumière d’usages polémiques contemporains tronqués.

Épilogue

L’investigation scientifique au sujet de l’impeccabilité du Prophète ﷺ au sein d’Al-Fiqh Al-Akbar exige de conjuguer les sciences du Hadith, la codicologie (étude des manuscrits) et la compréhension de la terminologie doctrinale. Les éléments actuellement disponibles permettent d’affirmer l’existence de variations textuelles dans certains passages de l’ouvrage et d’acter la large diffusion de la phrase « n’a jamais commis ni grand ni petit péché » dans les versions imprimées. Toutefois, ils ne permettent pas à eux seuls de certifier, sur le plan des manuscrits, la présence d’une leçon alternative à cet endroit précis sans un retour direct aux sources manuscrites ou aux thèses académiques directes.

Ainsi, le chercheur équitable ne nie pas la possibilité d’une divergence sans vérification, et ne l’affirme pas non plus comme une certitude sans preuve documentaire. De même, le rang de la prophétie dans la doctrine des gens de la Sounnah demeure préservé d’un traitement où les règles seraient bâties sur une lecture isolée ou une transmission non vérifiée ; il est au contraire renvoyé à l’ensemble des fondements, des règles et des textes explicites et univoques établis par les savants dans le chapitre de l’impeccabilité.