Ibn Barri al-Tazi : biographie complète du savant marocain de Taza

par saidanathaliev@gmail.com | Fès-Meknès, Mérinides, TAZA | 0 commentaire

Montage photo du mausolée d'Ibn Berri à Taza avec l'entrée du sanctuaire, une tablette traditionnelle en bois et la plaque commémorative en arabe datant de 1986.

Ibn Barri al-Tazi occupe une place remarquable dans l’histoire savante du Maroc mérinide. Né à Taza vers 660 H, il s’imposa comme réciteur, juriste malikite, grammairien, homme de lettres et maître des lectures coraniques, au point que son nom resta attaché à l’une des œuvres les plus importantes du Maghreb dans ce domaine : al-Durar al-Lawāmi‘ fī Aṣl Maqra’ al-Imām Nāfi‘.

Sa biographie reflète l’excellence d’une génération d’érudits qui ont uni science religieuse, maîtrise de la langue et service de l’enseignement. À travers lui, c’est tout l’univers intellectuel de Taza et de Fès à l’époque mérinide qui se laisse entrevoir.

Origines et lignée

Nom complet de Ibn Barri al-Tazi

Son nom complet est rapporté sous la forme : Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn Muḥammad ibn ‘Alī ibn Muḥammad ibn al-Ḥusayn Ibn Brī al-Tassūlī al-Ribāṭī al-Tāzī. Certaines sources le désignent aussi par d’autres nisba-s, comme al-Arbāḍī, en référence aux faubourgs de Taza.

Appartenance tribale

Les notices biographiques le rattachent à la tribu des Banī al-Lant, issue des Berbères de la région de Taza. Cette double appartenance, tribale et urbaine, montre combien son identité savante est enracinée dans le territoire marocain.

Naissance et formation

Naissance à Taza

Ibn Brī naquit à Taza en l’an 660 H, soit vers 1261. Cette ville, située au carrefour des routes du nord-est du Maroc, constituait un milieu favorable à la circulation des savants et des manuscrits.

Premiers apprentissages

Dès son enfance, il fut orienté vers l’école coranique. Il y apprit le Coran, le rasm, le tajwīd et les bases des sciences traditionnelles. Cette formation précoce lui permit d’acquérir très tôt une solide discipline intellectuelle.

Un parcours d’étude classique

Dans le système mérinide, l’étudiant devait maîtriser plusieurs textes fondateurs, comme la Risāla d’Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, la poésie des successions et des éléments de calcul. Ibn Brī s’inscrit pleinement dans ce modèle de formation complète, à la fois religieuse, linguistique et juridique.

Son environnement de jeunesse

Les sources rapportent qu’il grandit dans le quartier des Zaffānīn à Taza. Il y fut remarqué pour sa piété, son attachement au dhikr, sa lecture constante et son goût prononcé pour la recherche.

Ses maîtres

Son premier maître

Son premier maître fut son père, Muḥammad ibn ‘Alī, décrit comme un noble shaykh savant. C’est auprès de lui qu’il reçut ses premières orientations spirituelles et scientifiques.

Les grands enseignants qui l’ont formé

Parmi ses maîtres les plus connus figurent :

  • Mālik ibn al-Muraḥḥal, homme de lettres de Ceuta.

  • Muḥammad ibn Muḥammad al-Quḍā‘ī.

  • Abū al-Ḥasan al-Anṣārī al-Qurṭubī, maître des lectures à Fès.

  • Aḥmad ibn Ibrāhīm Ibn al-Zubayr al-Gharnāṭī.

  • Abū al-Ḥasan al-Zarwīlī.

  • Abū al-Rabī‘ Sulaymān ibn Ḥamdūn al-Sharīshī, son principal maître en lectures coraniques.

Un lien décisif avec Ibn Ḥamdūn

C’est auprès d’Abū al-Rabī‘ Ibn Ḥamdūn qu’Ibn Brī apprit la lecture de Nāfi‘ selon les voies de Warsh et de Qālūn. Ce lien est central, car il explique la solidité de son autorité dans la science des lectures.

Carrière et fonctions

Un savant au service de l’écrit

Ibn Brī travailla d’abord parmi les notaires de Taza. Il devint ensuite responsable de la chancellerie de la ville, ce qui exigeait une maîtrise rigoureuse de la langue, du droit et des formules administratives.

Son passage à Fès

En 724 H, le sultan mérinide Abū Sa‘īd al-Marīnī l’appela à Fès. Il le nomma secrétaire royal, éducateur personnel et professeur du prince héritier Abū al-Ḥasan al-Marīnī.

Un enseignant reconnu

Il enseigna également à al-Qarawiyyīn, ce qui montre la place importante qu’il avait acquise dans le monde savant marocain. Son autorité dépassait donc le cadre local de Taza pour rejoindre les grands pôles intellectuels du royaume.

Ses élèves

Une transmission durable

Ibn Brī forma plusieurs élèves qui poursuivirent à leur tour la vie savante du pays. Parmi eux se trouvent des lettrés, des juristes et des hommes d’autorité judiciaire.

Quelques disciples connus

  • ‘Amr ibn Aḥmad al-Fashtālī.

  • Ibn al-‘Ashshāb al-Tāzī.

  • Abū ‘Abd Allāh Muḥammad ibn Shu‘ayb al-Majjāṣī.

  • Le juge al-Tarjālī.

Par leur intermédiaire, son enseignement se prolongea bien au-delà de sa génération.

Son excellence scientifique

Un profil savant complet

Les biographes décrivent Ibn Brī comme :

  • un savant polyvalent,

  • un excellent grammairien et linguiste,

  • un homme de lettres raffiné,

  • un juriste malikite,

  • un spécialiste des lectures coraniques,

  • un connaisseur du calcul et de l’histoire,

  • un expert en rédaction notariale et administrative.

Un jugement éloquent des biographes

Riḍā Kaḥḥāla le définit comme :
« Un maître réciteur, poète didactique et savant versé dans les sciences islamiques. »

Cette formule résume parfaitement le rang intellectuel qu’il occupa dans le Maroc médiéval.

Ses œuvres

Œuvres principales

Ibn Brī laissa plusieurs écrits importants, parmi lesquels :

  • un abrégé du commentaire de al-Idāḥ ;

  • un commentaire sur les documents juridiques ;

  • un traité abrégé sur les actes notariés ;

  • un commentaire du Tahdhīb dans le fiqh malikite ;

  • un commentaire sur la métrique poétique (al-‘Arūḍ) ;

  • un résumé du commentaire des Maqāmāt d’al-Ḥarīrī.

Son œuvre majeure

Son texte le plus célèbre reste :

al-Durar al-Lawāmi‘ fī Aṣl Maqra’ al-Imām Nāfi‘

Ce poème didactique est devenu l’une des références majeures du Maghreb dans la science des lectures coraniques.

Autres titres attribués

Les sources lui attribuent également :

  • al-Ṭurar ‘alā al-Durar al-Lawāmi‘ ;

  • al-Kāfī fī al-‘Arūḍ wa al-Qawāfī ;

  • Iqtiṭāf al-Zahr wa Ijtinā’ al-Thamar ;

  • un commentaire du poème des successions ;

  • al-Qānūn fī Riwāyat Warsh wa Qālūn.

Sa mort

Date du décès

Les historiens divergent légèrement sur la date exacte de sa mort. Certaines sources mentionnent 730 H, d’autres 731 H ou 733 H. La tradition marocaine la plus fiable retient cependant 730 H.

Derniers jours et sépulture

Il mourut un mardi, le 23 Shawwāl 730 H. Bien qu’il soit décédé à Fès, il fut enterré à Taza, ce qui confirme l’attachement profond qui le liait à sa ville natale.

Héritage intellectuel

Une figure centrale du Maroc mérinide

Ibn Brī al-Tāzī demeure une figure essentielle de la culture savante marocaine. Son œuvre témoigne de la vigueur des sciences religieuses, de la précision de la transmission et de l’importance de Taza dans l’histoire intellectuelle du royaume.

Une référence durable

Son Durar a traversé les siècles parce qu’il réunit clarté, méthode et fidélité à la tradition. À travers lui, Ibn Brī a assuré une place durable au Maroc dans l’histoire des lectures coraniques du monde musulman.