L’adoration (Al-‘Ibâda) et le Tawassoul : clarification selon les écoles acharite et malikite

 

 

 

Dans le paysage contemporain, certaines voix affirment à tort que le Tawassoul (le fait d’invoquer Dieu en mentionnant le rang d’un Prophète ou d’un pieux) constituerait une forme d’adoration dirigée vers autre que Dieu, allant jusqu’à le qualifier d’associationnisme (shirk).

Pour les savants marocains et andalous, enracinés depuis des siècles dans le dogme acharite et le rite malikite, cette confusion repose sur une méconnaissance profonde de la réalité de l’adoration en islam.

Illustration montrant un homme en prosternation (sujud) durant la prière, une mosquée et le Coran ouvert, avec le texte L'adoration en islam : définition, portée et distinction avec le tawassoul.

Qu’est-ce que l’adoration (Al-‘Ibâda) selon l’école acharite ?

 

Selon l’école acharite — pilier de la théologie sunnite — l’adoration possède une définition précise :

Selon l’école acharite — pilier de la théologie sunnite — l’adoration possède une définition précise :

L’adoration est le degré ultime de soumission et d’humilité, accompagné de la croyance que l’entité invoquée possède un pouvoir de création du bien ou du mal, ou qu’elle détient une part de divinité.

Les savants acharites rappellent un principe fondamental : Dieu est le seul Créateur de toute chose. Aucun Prophète, aucun ange, aucun saint (wali) ne possède la capacité de créer un bénéfice ou d’écarter un mal par lui-même.

Ainsi, lorsque le musulman pratique le tawassoul, son cœur reste exclusivement tourné vers Dieu. Il sait que le Prophète ou le saint n’est qu’une cause honorée, et non un associé. Mentionner une créature pieuse dans une invocation n’est donc pas une adoration, tant que la conviction demeure que Dieu seul exauce.

Le statut du tawassoul dans la traditionmalikite

Le tawassoul fait partie intégrante de la tradition religieuse au Maroc et en Al-Andalus, reconnu par les plus grands savants malikites.

Exemplaire richement relié du livre Kitab Al-Shifa du Cadi Ayyad posé sur un lutrin en bois sculpté, dans un patio de style arabo-andalou avec zelliges marocains.

Le Cadi Iyad

Dans son ouvrage Al-Shifâ, il rapporte la parole de l’Imam Malik au calife Al-Mansour :

« Pourquoi détournerais-tu ton visage de lui alors qu’il est ton intermédiaire (wasîla) et celui de ton père Adam vers Dieu ? Tourne-toi vers lui et demande son intercession. »

Ouvrage relié en cuir et dorures du Kitab Al-Murshid al-Mu'in d'Ibn 'Ashir posé sur une table en bois sculpté, avec une plume et un encrier dans une bibliothèque de style marocain.

Ibn ‘Achir

Dans Al-Murshid al-Mu‘în, il pratique explicitement le tawassoul :

« Je demande à Dieu le bénéfice par le rang du Maître des créatures. »

Livre de collection Ad-Durr ath-Thamin de l'Imam Mayara posé sur une table en bois dans une ruelle bleue typique de la médina de Chefchaouen au Maroc.

Mayyara al-Maliki

dans son livre Al-Durr al-Thamîn wa-l-Mawrid al-Mu'în Il confirme que :

le tawassoul est une pratique sunnite reconnue, consistant à invoquer Dieu par le rang des prophètes et des pieux.

Pourquoi le tawassouln’est pas une
adoration

Adoration (Ibâda)

Croire qu’une entité possède un pouvoir autonome de création → shirk si dirigée vers autre qu’Allah

Tawassoul

Invoquer Allah seul en mentionnant un rang spirituel → permis et reconnu

 

Vue de la Kaaba à La Mecque (Masjid al-Haram) avec des pèlerins en prière, symbolisant l'unité des croyants et la pratique du Tawassoul dans la tradition sunnite.

L’autorité des fatwas

et des premiers maîtres

Cette distinction ne relève pas d’une interprétation moderne. Elle est confirmée par les plus grandes autorités du fiqh malikite.

Assiette en céramique de Fès avec motifs géométriques traditionnels, une icône de mosquée, des mains de Fatma (Khamsa), affichant les textes waliys.org et Soufisme Sunnite au Maroc.

Al-Wancharissi

(914 H)

Auteur d’Al-Mi‘yâr, il montre que les savants du Maghreb ont toujours accepté le tawassoul, tout en combattant les véritables dérives.

Illustration montrant un homme en prosternation (sujud) durant la prière, une mosquée et le Coran ouvert, avec le texte L'adoration en islam : définition, portée et distinction avec le tawassoul.

Abou ‘Imran Al-Fassi

(430 H)

Figure fondatrice du malikisme au Maghreb, il incarnait l’équilibre entre rigueur juridique et spiritualité. Le recours au rang des pieux y était considéré comme une marque de respect, non comme une adoration

Logo circulaire du Soufisme Sunnite au Maroc à Oujda, affichant le site waliys.org au milieu d'une illustration de médina marocaine avec des minarets, des palmiers et des motifs géométriques zellige.

Al-Wancharissi

(914 H)

Demander l’intercession ou invoquer Dieu par le rang des pieux est permis, tant que la croyance reste pure et attribue tout pouvoir à Dieu seul.

Assiette décorative en céramique affichant une illustration de kasbah en pisé dans une oasis avec palmiers, entourée du texte Les visites des pieux et l’invocation par leur rang étaient des pratiques connues.

Les visites des pieux et l’invocation par leur rang étaient des pratiques connues des premières générations, sans aucune confusion avec l’adoration.

Abou ‘Imran Al-Fassi :
la cause et le Créateur

La distinction entre

Médaillon circulaire en bois sculpté portant l'inscription Dieu seul exauce, crée et prédestine, sur fond de patio arabo-andalou avec zelliges marocains et fontaine.

Le Créateur (Al-Khâliq)
Dieu seul exauce, crée et prédestine.

Médaillon en bois sculpté avec l'inscription Le rang des pieux est une cause de bénédiction, suspendu au centre d'un riad traditionnel marocain avec zelliges, tapis et fontaine.

La cause (As-Sabab)
Le rang des pieux est une cause de bénédiction.

Exemple  :

Comme un médicament ne guérit que par la volonté de Dieu, le tawassoul n’est qu’un moyen, jamais une source autonome.

savant de la région du Souss en djellaba et turban, enseignant les sciences islamiques à des étudiants attentifs dans une école traditionnelle (madrassa) au Maroc.

Une compréhension équilibrée

Confondre le tawassoul avec l’adoration est une erreur. Les savants du Maghreb ont toujours préservé un équilibre : un monothéisme pur, associé au respect des causes spirituelles.

Le croyant invoque uniquement Dieu, tout en reconnaissant le rang des êtres qu’Il a honorés.